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Restauration de la vieille cité : 600 maisons à sauver et autant d'écueils

Insuffisances techniques et manque de savoir-faire

PUBLIE LE : 04-05-2014 | 23:00

Des mères de famille désemparées depuis l'effondrement en 2013 de leur maison au 19 de la rue Maupasen dans La Casbah d'Alger font le siège de l'Ogebc exigeant un toit définitif ou à titre temporaire. Devant les lenteurs des travaux de restauration, de nombreuses familles de la vieille cité vivent la même angoisse au quotidien. "Malgré des étaiements, supposés des plus solides, pour la soutenir,  notre maison s'est écroulée sur nos têtes", affirme, amère, une des habitantes de cette maison en attente de restauration, qui ne sait pas encore "quel sera  (son) refuge pour la nuit". Ces scènes n'ont rien d'exceptionnel au siège de l'Office de gestion et d'exploitation des biens culturels (Ogebc), un organisme devenu, faute de mieux, le point de chute de propriétaires se plaignant de travaux "inappropriés" ou de la "trop longue attente" des opérations de restauration de leurs maisons menaçant d'engloutir leurs occupants à tout moment. Quelque six cents (600) maisons mauresques, éligibles à la restauration, résistent tant bien que mal aux affres du temps, en attendant des travaux annoncés et qui "se font attendre faute de vision, de moyens humains et de coopération  multisectorielle", expliquent des architectes- deux ans après l'adoption en  mars 2012 du Plan permanent de sauvegarde de La Casbah d'Alger. L'attribution, en 2013, d'une première enveloppe financière de 27 milliards  de dinars avait nourri les espoirs, vite évaporés, des habitants qui regardent  leurs maisons "dépérir de jour en jour", rongées qu'elles sont par un "mal à  l'issue fatale", finissent par lâcher les plus optimistes d'entre eux. Pour compléter ce tableau sombre, les quelque 400 parcelles vides (17% du parc immobilier de la cité) et les 120 bâtisses en ruine, menacent aujourd'hui  la solidité de l'ensemble du tissu urbain pour lequel aucune mesure urgente  ne semble être décidée, à l'exception d'une cinquantaine de parcelles "bientôt  reconstruites en priorité", selon le directeur de l'Ogebc, Abdelwahab Zekagh. Au plan administratif, les habitants se sont retrouvés "ballottés" entre  l'Office de gestion et d'exploitation des biens culturels (Ogebc) et l'Agence  nationale des secteurs sauvegardés (Anss), un organisme non encore opérationnel. C'est que le relogement définitif ou temporaire des habitants de La Casbah et qui entrave sérieusement la restauration des bâtisses, légalement  occupées ou squattées mais devant être évacuées, dépend d'une commission  mixte du ministère de la Culture et de la wilaya d'Alger qui entend réétudier  les dossiers. Rencontrés au siège de l'Ogebc, des habitants de la Casbah, lassés  par cette situation, refusent de "renouveler (leurs) doléances auprès d'une  succession d'offices et d'institutions", ressassant inlassablement leurs déboires et exigeant l' "avancement concret" des travaux de restauration. La propriétaire d'une maison à moitié effondrée maintenant, s'est résolue,  de guerre lasse, à vendre son bien à un repreneur — "privé" précise-t-elle —  "pour ne pas avoir à le brader", les prix proposés au rachat par l'État étant "dérisoires par rapport au marché de l'immobilier". Entre-temps, les Douirete (maisons) de la Casbah continuent de reposer,  pour les plus chanceuses, sur des poutres d'étaiement en bois, autant de béquilles entamées par l'humidité. Le constat est manifeste et se résume à ceci: chaque jour des amas gravats  de maisons "fraîchement" effondrées viennent obstruer un peu plus le dédalle de ruelles pavées de la cité où les habitants ont perdu leurs repères spacieux.                                               

Insuffisances techniques et manque de savoir-faire            
L'autre obstacle de taille à l'application du Plan de sauvegarde qui  devait être entamée dès 2012 réside dans l'absence d'architectes restaurateurs  et d'experts en monuments historiques, deux spécialités que n'assurent ni l'université  ni les centres de formation professionnelle.
 Les palais de la Basse-Casbah, déjà restaurés, témoignent, s'il en est,  des "insuffisances techniques et du manque de savoir-faire dans ce domaine", relèvent des historiens et des archéologues.
Restaurés il y a moins de dix ans, ces palais, transformés en sièges d'administration pour certains, présentent déjà des signes de fragilité apparents,  sans parler de l'esthétique ou des finitions, pas toujours réussies. Plus ambitieux, d'autres travaux, délicats, sur les infrastructures comme la voirie, le système d'assainissement ou l'alimentation en eau potable et en énergie, sont encore au stade de l'étude. Prévus par le Plan de sauvegarde, ils relèvent presque de l'impossible  pour les habitants de la Casbah d'Alger, échaudés qu'ils sont par les expériences  passées, dont aucune n'a pu, pour l'heure, sauver leur cité d'un déclin inexorable.

 

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