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Note de lecture, Cote Femmes, d’un poème l’autre par Zineb Laouedj et Cecile Oumhani : Eclats de lumières et de couleurs

Il faut donc reconnaître à nos deux auteures spécialistes en littérature, puisqu’elles la professent dans des universités, le mérite d’avoir réuni près d’une trentaine de poétesses du monde entier.

PUBLIE LE : 08-04-2014 | 23:00
D.R

Il faut donc reconnaître à nos deux auteures spécialistes en littérature, puisqu’elles la professent  dans des universités, le mérite d’avoir réuni près d’une trentaine de poétesses du monde entier.

Rares sont les recueils de poésie qui nous parviennent en quantité appréciable, faute de faire apprécier ce genre littéraire qui renferme ses codes spécifiques et qui constitue, à lui seul, une fenêtre ouverte sur le monde imaginaire des mots qui peuvent épouser une cause ou chanter l’amour ; les romanciers doublés de poètes en puissance renouvellent très peu leur expérience dans ce domaine du moins ici où les publications sont franchement ignorées. La poésie algérienne vers laquelle recourent beaucoup de femmes peine à se faire connaître et à trouver des espaces privilégiés pour les récitals notamment qui concourent sous d’autres cieux à partager avec les autres toute la beauté et la complexité contenues dans ce genre.
Il faut donc reconnaître à nos deux auteures spécialistes en littérature, puisqu’elles la professent dans des universités le mérite d’avoir réuni près d’une trentaine de poétesses du monde entier pour certaines venues des pays de l’Est, d’autres de pays arabes comme la Syrie ou le Liban et même d’Afghanistan ainsi qu’un certain nombre issue d’Italie et établi en France où elles animent des ateliers d’écriture ainsi que des maisons d’édition et quelques algériennes comme la défunte Nadia Guendouz et Anna Gréki. C’est surtout la rencontre d’une poétesse et universitaire comme Zineb Laouedj, qui a obtenu, en 1992, le prix de « La nouvelle littérature »  et qui consacre plusieurs séminaires aux femmes écrivaines arabes et de Cécile Oumhani d’origine belge et dont l’écriture poétique investit des lieux maghrébins, qui a donné naissance au projet de ce livre publié aux éditions algériennes Espace-libre en 2010 — disponible à la librairie du Tiers-Monde — qu’anime la première. De cette anthologie voyageuse qui donne la parole aux femmes, le lecteur peut retrouver à travers ces poétesses inconnues, des femmes qui, au quatre coin du monde, tissent des vers contemporains dans la diversité de leur langue dont la musicalité a cette particularité de nous procurer une évasion exquise dans les mots qui racontent des histoires de femmes qui sont celles de l’humanité toute entière : « La présence des femmes en littérature n’est plus à démontrer et leur abondante production en témoigne. Pourtant elles sont nombreuses à ressentir qu’il est plus difficile de se faire entendre lorsqu’on est une femme. Dans la plupart des pays, elles ne se voient certes plus interdire l’accès d’une bibliothèque, comme ce fut le cas pour Virginia Woolf à l’université de Cambridge à la fin des années 1920, mais tant d’obstacles continuent de les retenir dans leur élan et de freiner leur essor. Elles doivent se confronter au monde de l’édition, aux catégories dans lesquelles on voudrait enfermer leurs textes, pour qu’ils répondent à des attentes, des images bâties de toutes pièces »,  fait remarquer Cécile Oumhani dans son introduction. Elle explique comment ces femmes sont encore tributaires du regard posé par les sociétés auxquelles elles appartiennent, regard qui est surtout le produit non seulement des hommes, mais de femmes elles-mêmes qui se rangent inconsciemment dans les coulisses d’une routine qu’elles traînent depuis leur venue au monde, celles de la retenue et l’effacement de soi.
La préfacière prévient aussi que ces obstacles sont rendus encore plus persistants face au regain d’obscurantismes misogynes dans plusieurs régions du monde, un constant encore plus alarmant qui fait des femmes les premières victimes de ces systèmes de pensées où qu’ils sévissent et où qu’ils ré-apparaissent.
Alors contre toute attente,  elles sont aujourd’hui nombreuses à vouloir changer cet état de stagnation qui les empêchent d’évoluer vers la lumière, car comme l’écrit Cécile « Briser le silence, c’est laisser jaillir le poème, les poèmes, leurs poèmes… » Cette anthologie est un voyage dans des régions dont le cœur proche et lointain se situe en Méditerranée.
Il emprunte des routes qui vont des Balkans au Proche-Orient, jusqu’en Afghanistan puis reviennent au Maghreb, Espagne, Italie et la France. Il fait des incursions dans le passé à travers les voix anonymes de la tradition orale algérienne. Il s’arrête sur l’exil de poètes dont le parcours s’est inscrit entre les lieux, les langues, à Paris ou New York. Il rencontre des  femmes assoiffées d’avenir, dont les pays sortent de guerres meurtrières. Certaines ont eu des destins tragiques, d’autres vivent tout simplement en poésie. Il donne la parole à des femmes d’aujourd’hui et d’hier, éprises d’écriture et de mots, où qu’elles se trouvent, qu’elles soient connues ou moins connues. »
Lynda Graba
 

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