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Casbah d’Alger : Des artisans s’acharnent à résister au diktat du temps

Ils faisaient autrefois, la réputation de l’antique Casbah, ces artisans traditionnels n’en finissent pas de voir leur nombre se rétrécir comme une peau de chagrin au fil des ans pour diverses raisons, au point de n’être plus aujourd’hui qu’une poignée à braver le diktat du temps pour préserver un pan important du patrimoine culturel algérien.

PUBLIE LE : 07-08-2013 | 23:00
D.R

Ils faisaient autrefois, la réputation de l’antique Casbah, ces artisans traditionnels n’en finissent pas de voir leur nombre se rétrécir comme une peau de chagrin au fil des ans pour diverses raisons, au point de n’être plus aujourd’hui qu’une poignée à braver le diktat du temps pour préserver un pan important du patrimoine culturel algérien.

Ils seraient à peine plus d’une dizaine ces «gardiens» du temple de l’artisanat traditionnel dans la vieille médina, mais ne sont prêts «pour rien au monde» à abandonner ce patrimoine qu’ils préservent aussi affectueusement depuis des décennies et qu’ils ont hérités de leurs aînés. Les aléas du temps et les diverses transformations qu’a connues l’ancienne médina ont fait disparaître, un à un, ces lieux d’un héritage ancestral et d’un savoir-faire jalousement façonnés et fignolés au fil des générations. Du temps glorieux qui faisait la réputation de la dinanderie algéroise de la Casbah, ne subsiste qu’une seule boutique fièrement tenue par Ben Mira El-Hachemi, plusieurs fois distingué pour «l’authenticité» et «l’innovation» qui caractérisent ses produits. Perpétuant un héritage familial, ce septuagénaire déplore les contraintes qui ont ralenti cette activité, notamment la rareté de la matière première justifiant des prix aussi exorbitants que dissuasifs. Contraints et résignés, les dinandiers se contentent souvent de recycler des objets déjà conçus ou de travailler sur des chutes de cuivre, ce qui réduit considérablement la quantité produite, regrette ce même interlocuteur qui s’inquiète du devenir de cet artisanat. Ayant déjà formé quelques jeunes passionnés de dinanderie, El-Hachemi aurait aimé «poursuivre l’apprentissage» de son savoir-faire afin de le «préserver» de la disparition, d’autant qu’aucun de ses enfants n’est prédisposé à hériter du label familial. Néanmoins, regrette-t-il, la loi implacable du marché freine cette ambition d’autant plus nourrie par un sentiment de «révolte» quant à la «nonchalance» institutionnelle qui pénalise les artisans.
A l’instar d’El-Hachemi pour la dinanderie, Mahiout Khaled est «le dernier des Mohicans» en menuiserie d’art, jadis plus prospère dans la Casbah et dont il est le seul à porter aujourd’hui l’authentique empreinte. Le local renferme, tel un musée, des souvenirs précieux liés à ce métier, qui lui ont été légués par un des doyens de cet art, Tchoubane Abdelkader, décédé il y a 5 mois. Si cet artisan tire plutôt son épingle du jeu, c’est grâce essentiellement à la convention qui le lie au ministère de la Culture pour les besoins de restauration et décoration, mais déplore l’absence de relève, y compris concernant ses enfants, afin de sauver ce patrimoine de la totale éclipse. Seule échoppe traditionnelle du genre à «survivre» encore, la boulangerie Slimani continue d’attirer une clientèle qui apprécie encore les fournées de pain chaud cuit au gaz et si particulièrement embaumé. Ayant racheté le local datant de 1948 et appartenant à l’origine à un pied-noir juif, le père de Slimani Youcef a entretenu ce qui représente son gagne-pain jusqu’au moment où celui-ci fut pris en main par un de ses frères et son fils Youcef. A 63 ans, il continue à se lever à 3 h du matin pour préparer une quantité impressionnante de pâte moyennant les même outils traditionnels d’il y a plus d’un demi-siècle, avec au bout du parcours quotidien, la satisfaction d’avoir apporté du «plaisir» à ses clients. A quelques kilomètres de là, rue Abderrahmane Arbadji, Khelifaoui Abderrezak dit «Aâmi Mustapha» perpétue l’art de la torréfaction légué de ses aînés au grand bonheur d’une clientèle férue du stimulant arôme. Un autre «survivant» en la matière.

Des métiers à jamais perdus...
 Il y a quelques années, la rue Ben Acher dans la Basse Casbah était réputée pour les épices dans lesquelles se sont spécialisés des commerçants, à l’instar d’autres venelles dédiées, chacune d’elle, à des activités traditionnelles spécifiques.
Aujourd’hui, seule une famille y tient ce commerce qui «ne nourrit pas tellement», affirme l’un des fils commerçants, Zinou M. qui avoue que s’il avait «le choix», il aurait choisi une activité plus «rentable» et beaucoup moins «aléatoire». Ses clients sont en majorité des habitués issus du voisinage mais ils sont loin d’être aussi nombreux qu’avant, des dizaines de familles ayant quitté le quartier, pense savoir Zinou. Et de se remémorer avec nostalgie la «belle époque» où le quartier foisonnait de restaurants qu’il approvisionnait en épices, si bien qu’il pouvait gagner amplement sa journée «avant même que la matinée ne fût terminée».
C’est dire qu’il suffit de peu pour que des métiers disparaissent encore du paysage de la légendaire médina et du quotidien de ses habitants, comme ce fut le cas pour le tissage, la tannerie et la forgeronnerie. Idem pour le métier des hayakkines (confectionneurs du haïk), cet habit si typique d’El-Mahroussa et plus précisément de la Casbah et dont les usagères relèvent aujourd’hui de la «curiosité». Une note d’optimisme cependant pour atténuer ce morne constat : le retour progressif des touristes étrangers vers la Casbah, constaté ces dernières années, comme l’atteste un couple français arrivé à Alger par bateau. Faisant fi de la chaleur et des contraintes du jeûne dont il ne sont pas concernés, ces nostalgiques de la Casbah des années 70 ont revisité leurs souvenirs à travers les dédales de la cité à la recherche des senteurs, et de l’ambiance d’antan. Du moins ce qui en reste.
APS

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