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Une grande manifestation spirituelle en Andalousie au XIIe siècle (III et fin)

Un autre géant du soufisme et disciple à distance d’Abu Madyan, fut le mystique de Murcie (Espagne), Abu Bakr Mohammed ibn Al-Arabi (1164-1240 d, C.), dénommé «Sheykh Al-Akbar» du fait du niveau élevé de spiritualité qu’il a atteint.

PUBLIE LE : 28-07-2013 | 23:00
D.R

Pr. Cheikh Abderrahman Jah*

Un autre géant du soufisme et disciple à distance d’Abu Madyan, fut le mystique de Murcie (Espagne), Abu Bakr Mohammed ibn Al-Arabi (1164-1240 d, C.), dénommé «Sheykh Al-Akbar» du fait du niveau élevé de spiritualité qu’il a atteint. Très jeune, il se forma aux profondeurs de la mystique soufie, il rechercha l’enseignement de nombreux maîtres, hommes et femmes, qui vivaient alors en Al-Andalus. Il nous a laissé de nombreux ouvrages importants parmi les-quels figure une œuvre de moindre importance quant au contenu mystique et à la longueur, mais qui est très importante en tant que document autobiographique de ibn Al-Arabi Risâla Al-quais. En effet, il y fait référence à certains de ses maîtres, hommes et femmes qui enseignaient alors la mystique soufie dans ce pays.
Il est impressionnant de constater que, dans cette oeuvre, il cite plus de cent noms de soufis, bien qu’ils furent beaucoup plus nombreux, qui atteignirent divers degrés de perfection et qui vivaient au Xlle siècle à Séville, Cordoue, Grenade, Almeria, Malaga, Moron, Marchena, Subàrbol, Ronda, Algeciras, Rota. ...(toutes ces villes situées aujourd’hui en Andalousie), Beja, Évora (situées de nos jours au Portugal) ...Ainsi la géographie péninsulaire s’est enrichie à l’époque d’Al-Andalus grâce à la présence et à la sagesse remarquable de ces mystiques de l’Islam.
lbn Al-Arabi a également fréquenté les maîtres du Maghreb, l’un des plus chers et respectés étant son maître spirituel Abu Madyan, «la quintessence des saints», selon les mots d’Ibn Arabi, même s’il n’a jamais pu coïncider physiquement avec lui. Ibn Arabi fait référence à la relation spirituelle entre ces grands maîtres et au charisme prodigieux dont ils étaient investis lorsqu’il affirme que, se trouvant un jour à Séville, après la prière du Maghreb, il souhaita rencontrer le maître Abu Madyan, qui vivait à Bougie. Un disciple d’Abu Madyan, Abu Ymran Al-Baydarani, se présenta alors devant Ibn Arabi avec le message suivant du maître Abu Madyan :
«Dis à Mohammed ibn al-Arabi, qui depuis Séville souhaite me rencontrer, qu’entre nous deux a déjà eu lieu la réunion en esprit. Maintenant, la réunion en personne, Dieu nous la refuse dans notre demeure ici-bas. Ne te préoccupe donc pas, car nous nous réunirons en la présence de Dieu, dans la Demeure permanente de Sa Miséricorde»
L’événement vécu par Ibn al-Arabi lors de sa rencontre avec une autre personne est également significatif. Ladite personne avait une certaine opinion sur Abu Madyan. Et ici, nous constatons à nouveau la preuve de la grande affection du mystique de Murcie envers le maître maghrébin et la force de son caractère qui fut une constante tout au long de sa vie.
Ayant appris que l’un des disciples d’Abu Madyan censurait de façon critique son maître, Ibn al-Arabi éprouva une profonde aversion à l’encontre de cet élève. Une nuit, il vit en rêve le Prophète (qsssl), qui lui demanda pourquoi il haïssait cet homme. Ibn Al-Arabi s’excusa en disant que cet homme haïssait Abu Madyan. - «Mais cet individu n’aime-t-il pas Dieu également et ne m’aime-t-il pas comme Son Messager?» répliqua le prophète. Devant le signe d’assentiment du mystique de Murcie, le Prophète le sermonna : - «Alors, pourquoi le hais-tu pour la haine qu’il porte à Abu Madyan, au lieu de l’aimer pour l’amour qu’il éprouve envers Dieu et envers son Prophète ?»
Ibn Al-Arabi se repentit de l’intransigeance et de l’emportement de son caractère et alla se réconcilier avec cet homme, en lui offrant des cadeaux et en lui racontant sa vision du Prophète. L’homme, ému, reconnut son injustice et devint l’un des disciples les plus fidèles et respectueux d’Abu Madyan. Ici, je voulais vous signaler le magnifique équilibre que nous révèle cet événement et que le soufisme a su atteindre tout au long de l’histoire.
Pour terminer, je souhaiterai vous présenter une réflexion sur ce qu’a signifié la mystique soufie dans le cadre de l’Islam.
L’universalité du message islamique est évidente et, sous sa caution, disparaissent les différences et les exclusions que prétendent imposer les sectaires. Pour autant, le point d’équilibre de cette universalité magnifique consiste à distinguer l’essentiel de l’accessoire.
C’est pourquoi ce message est susceptible de s’adapter à l’époque actuelle. C’est ce que firent ces hommes et ces femmes, non seulement en Al-Andalus et au Maghreb, mais également dans tout l’univers musulman, où le chemin de la spiritualité a été suivi. Hommes et femmes qui peuvent aussi exister de nos jours si toutefois se produisent les circonstances favorables, étant donné que les authentiques soufis ne font de mal à personne, bien au contraire, la grandeur de leur savoir, à des époques aussi agitées que celle que nous vivons actuellement, leur a toujours permis d’entretenir la flamme de l’Islam et de la spiritualité. Il n’est pas possible de convaincre l’adversaire par la force d’une haine irrationnelle, qu’il a peut-être lui-même provoquée. Par contre, il faut observer ce qu’il y a de positif en lui qui puisse nous servir pour amorcer un dialogue et un rapprochement qui jusqu’alors avaient été impossibles.
Les sages et les mystiques ont toujours été très rares. Notre bénéfice consiste à extraire les enseignements de leurs vies et de leur conduite exemplaire. Une vie consacrée au plus profond de leur être, mais aussi aux autres, à la bienveillance de la Oumma. Tous ces hommes et ces femmes ont été exemplaires de par leur dévouement et leur efforts pour maintenir 1’essence vivante, et ainsi perpétuer le véritable esprit du Coran et de la Sounna, en tant que support de la réalisation spirituelle, et contre l’individualisme, l’égoïsme et l’intransigeance qui régissent souvent nos sociétés actuelles.

*Président de la Fondation de la Culture Islamique. Madrid

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Hadiths

Le Messager d’Allah (que la paix et le salut d'Allah soient sur lui) a dit : «Allah ne regarde pas votre aspect, mais il regarde ce que renferme votre cœur et ce que vous accomplissez.» Rapporté par Mouslim.

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Le Messager d’Allah (que la paix et le salut d'Allah soient sur lui) a dit : «Celui dont les œuvres ne sont pas complètes ne pourra pas faire appel à la noblesse de sa famille pour les compléter.» Rapporté par Mouslim.

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Le Messager d’Allah (que la paix et le salut d'Allah soient sur lui) a dit : «Ô vous les gens ! Votre Seigneur est unique et votre père est unique ; vous descendez tous d’Adam et Adam provient de la terre. Assurément, le plus noble d’entre vous auprès d’Allah est le plus pieux, et l’arabe n’a pas plus de mérite que le non-arabe sauf s’il se distingue par la piété.»
Authentifié par Albâny dans At-targhîb wa At-tarhîb.

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