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Une grande manifestation spirituelle en Andalousie au XIIe siècle (II)

Tout au long de l’histoire de l’Islam, aux moments les plus critiques de divisons, dues aux conflits idéologiques, dogmatiques, politiques ou sociaux, avec les dérives dangereuses vers le fanatisme, ont surgi ces courants spirituels soufis qui ont permis de rétablir l’équilibre de toute une époque.

PUBLIE LE : 27-07-2013 | 23:00
D.R

Tout au long de l’histoire de l’Islam, aux moments les plus critiques de divisons, dues aux conflits idéologiques, dogmatiques, politiques ou sociaux, avec les dérives dangereuses vers le fanatisme, ont surgi ces courants spirituels soufis qui ont permis de rétablir l’équilibre de toute une époque. Equilibre qui imprègne, grâce à ce souffle mystique, la vie en général, en opposition avec le radicalisme inculte, dont l’origine et la folie n’a rien à voir avec l’Islam.
Il se trouve que cette sagesse islamique, se manifestant dans le monde spirituel soufi, peut se révéler d’une grande nécessité pour notre époque actuelle. Epoque où, comme disait Einstein, «il est plus facile de désintégrer l’atome qu’un préjugé». Une époque où nous n’avons pas été capables de trouver l’équilibre dans la relation entre les différents peuples, sociétés, ethnies et idéologies.
Dès les premiers temps de l’arrivée de l’Islam à la Péninsule ibérique, la spiritualité soufie est connue dans l’Andalousie. En effet, un certain nombre d’hommes saints, contemporains du Prophète de l’Islam, ont accompagné les contingents arabes. Ils enseignaient le message coranique aux peuples hispaniques intéressés, respectant ainsi ce que stipule le verset coranique : «Guide sur le Chemin de Dieu, par la parole sage et la prédication douce».
Pour autant ce n’est qu’au XIIe siècle, sous le règne des Almoravides et des Almohades, qu’apparaissent avec force une série de groupes soufis dont la première manifestation se trouve dans la ville d’Almeria avec des maîtres de la taille de Abu-l-Abbas Ahmed ibn Al-
Arif al-Sinhagi (1088-1141) qui avait suivi la doctrine du maître soufi oriental, Al-Ghazali.
A l’époque, Almeria était le centre du soufisme ésotérique d’Al-Andalus ; c’est là qu’eut lieu la plus grande protestation collective contre la condamnation théologique et la destruction par le feu des livres de l’éminent mystique et théologien, Al-Ghazali, sous le gouvernement de l’Almoravide Ibn Tashfin.
Rapidement, les enseignements de Ibn Al-Arif se propagèrent à Cordoue, Séville et Grenade.
Il arrivait que la relation entre ces grands hommes et le pouvoir politique fut conflictuelle, puisqu’ils pratiquaient leur enseignement, sans tenir compte des convenances politiques.
A propos de Ibn Al-Arif; d’aucuns racontent qu’un cadi d’Almeria, jaloux de son charisme et de son énorme popularité parmi les gens, ainsi que du grand nombre d’élèves qui suivaient son enseignement, le dénonça au sultan almoravide. Ce dernier le fit convoquer à Marrakech pour s’expliquer.
Le sultan ayant pris connaissance de la renommée de sainteté et des vertus de ce soufi, s’excusa de son injustice, l’honora et le remit en liberté. Parmi la pléiade de saints et de saintes d’A1-Andalus au XIIe siècle, qui manifestèrent leur entière soumission à Dieu, et dont la vie fut entièrement consacrée à la piété et à l’effort d’ascétisme intérieur, nous distinguerons ici seulement, deux du fait de leur grandeur spirituelle.
Tous deux furent contemporains. A la même époque, surgirent également dans tout le Maghreb de sublimes maîtres de la mystique soufie. Epoque féconde donc, que nous pouvons considérer comme 1’un des Ages d’Or de l’Islam, au cours duquel se révélèrent la grandeur et l’universalité de la pensée mystique musulmane, loin des interprétations rigides et littérales de la loi et des objectifs sans envergure et mesquins des sectaires du fanatisme.
Le premier de ces hommes éminents fut le sévillan Abu Madyan al-Ansari (1115-1198 d. C), qui s’installa à Bougie et fut nommé du fait de sa grandeur spirituelle «Maître des Maîtres».
Pour lui «le soufisme ne consiste pas en une simple observation des règles, ni en une pure progression par étapes. Le soufisme suppose plutôt la profondeur du coeur ; la générosité de l’âme, l’adéquation de ses actes au Message révélé et la connaissance de ce qui est transmis».
L’un des points clé de l’enseignement d’Abu Madyan est qu’il considère le mystique soufi non pas comme un ascète à l’écart du monde, mais comme faisant partie intégralement et pleinement de la société qui l’entoure. Ce qui veut dire, être dans le monde sans appartenir au monde. Ceci nous démontre à quel point l’homme spirituel peut s’insérer pleinement dans la vie sociale du monde musulman, participer à son développement, tout en étant en accord avec son idiosyncrasie et les valeurs islamiques, collaborer à son progrès et à sa croissance dans un monde global, sans renoncer ni perdre sa spiritualité.
Le soufisme s’est pour autant toujours adapté aux besoins du moment, au-delà des particularités culturelles et sociales, sans rester pétrifié ni attrapé par les us et les formes strictes. Il n’a jamais démontré la rigidité et le manque de souplesse que l’on observe dans certains secteurs de l’actualité.
Le langage spirituel élevé d’Abu-Madyan fut, comme nous pouvions nous y attendre, objet d’un anathème de la part des ulémas almohades les plus rigides. ll fut convoqué par le calife Abu Yusuf Yaqub à Marrakech en 1198. Agé et malade, il mourut pendant le voyage, entouré de ses disciples qui enterrèrent ce «Maître des Maîtres» dans un ribat sur les pentes du mont Tlemcen. Le respect et la ferveur, que ce saint a toujours soulevés en Algérie, sont suffisamment connus.
(A suivre)

*Président de la  Fondation de la Culture  Islamique. Madrid

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Hadiths

Le Messager d’Allah (que la paix et le salut d'Allah soient sur lui) a dit : «La supériorité entre le savant et le dévot, est comme celle de la pleine lune sur le reste des astres. »
Rapporté par Aboû Dawoûd et authentifié par Albâny.

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Le Messager d’Allah (que la paix et le salut d'Allah soient sur lui) a dit : «Le savant qui enseigne le bien aux gens et ne le met pas en pratique, est semblable à la torche qui éclaire en se brûlant.» Rapporté par Tabarâny et authentifié par Albâny.

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Le Messager d’Allah (que la paix et le salut d'Allah soient sur lui) a dit : «Allah aime, lorsqu’une personne effectue une chose, qu’elle le fasse avec soin.» Rapporté par ‘Alâ’ et considéré comme bon par Albâny.

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Le Messager d’Allah (que la paix et le salut d'Allah soient sur lui) a dit : «Il y a des gens qui ouvrent les portes du bien et ferment l’accès au mal, et il y en a qui ouvrent les portes du mal et ferment l’accès au bien. Bonheur à celui à qui Allah donna les clefs des portes du bien et malheur à celui à qui il donna les clefs des portes du mal.»
 Rapporté par Ibn Mâjah et considéré comme bon par Albâny.


 

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