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Le pelerinage : un acte d’adoration (III)

Il est préférable pour le pèlerin qui n'a pas suffisamment de temps devant lui de rester en état de sacralisation jusqu'à l'arrivée à Arafat.

PUBLIE LE : 19-07-2013 | 23:00
D.R

Par Cheikh Mahmoud Chaltout


Le fait de quitter son état de sacralisation
Il est préférable pour le pèlerin qui n'a pas suffisamment de temps devant lui de rester en état de sacralisation jusqu'à l'arrivée à Arafat. Par contre, celui qui a du temps, il lui est permis de quitter cet état en se rasant la tête ou en se coupant les cheveux. Quant aux rites qu'il avait accompli précédemment (El Ihrâm, la circumambulation et le va-et-vient entre la station de Safa et celle de Marwa), il lui seront comptés comme une Omra (petit pèlerinage) dont il aura la récompense. Cependant, dans un cas comme celui-ci le pèlerin est tenu de sacrifier son offrande dès qu'il quitte son état de sacralisation sans attendre le jour du grand sacrifice qui a lieu à Minen. Cette question est le sujet de divergences entre les partisans des différentes écoles de fiqh et entre les pèlerins eux-mêmes. Il va de soi que si ceux-ci quittaient l'état de sacralisation et pouvaient sacrifier leurs offrandes en étant toujours à La Mecque, on pourrait éviter l'accumulation de viandes à Minen dont beaucoup de gens se plaignent et en laquelle ont trouvé une occasion de changer la législation de Dieu en échangeant les offrandes contre de l'argent.

Le regroupement à Arafat
Après avoir quitté son état de sacralisation, le pèlerin demeure à La Mecque jusqu'au huitième jour de Dhou EI-Hijja. Là, il reprendra son état de sacralisation et rejoindra Arafat en passant par Minen où il arrivera le neuf du mois, pour le grand regroupement obligatoire. Une fois à Arafat, il suffit au pèlerin d'être assis ou même étendu dans la vallée pour que sa halte soit considérée comme valable. En effet, l'ascension sur la montagne connue sous le nom de la «Montagne de la miséricorde» à Arafat n'est pas une obligation pour que les gens s'y bousculent et mettent leur vie en danger. Pour que la halte du pèlerin soit considérée comme valable, il suffit seulement à celui-ci d'être présent à n'importe quelle heure du neuvième jour, de l'après-midi à l'aube du dixième jour. Cependant, il est préférable de retarder cette halte jusqu'à une partie de la nuit. Le regroupement à Arafat est l'un des plus importants rites du pèlerinage. Son importance est telle que le Messager de Dieu a dit : «Le pèlerinage c'est Arafat.» C'est un regroupement où s'exprime la ferveur religieuse la plus sincère où, l'homme prend vraiment conscience de sa faiblesse et de son besoin de Dieu et où, la vanité de la vie matérielle apparaît le plus. En ce jour béni, les souvenirs du passé illuminent les âmes des pèlerins telle une lumière éblouissante et leur font revivre la scène où le Messager de Dieu (sbsl) s'adressait à leurs ancêtres en les exhortant à être sincères dans leur foi et à respecter les droits de Dieu et les droits des hommes. C'est ce jour-là, que la Révélation du Ciel s'acheva et que ce verset fut révélé : «Aujourd'hui, J'ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait. Et j'agrée l'islam comme religion pour vous.» (Cor., s.5, v.3).

Le regroupement à Mozdalifa
Après avoir terminé sa halte à Arafat, le pèlerin se dirige vers Mozdalifa mentionnée dans le Coran par le terme «le repère sacré». Le dixième jour, il est à Minen pour le grand sacrifice. C'est là aussi qu'il doit jeter les sept cailloux de «l'Aqaba» qu'il recueillera là où il veut. Il accomplira également le rite du rasage ou de la coupure des cheveux et procédera au sacrifice s'il est tenu de le faire avant d'effectuer la circumambulation de la dispersion «Tawâf El-Ifâdha». Le pèlerin peut choisir de commencer par n'importe quel rite dans la mesure où le Messager de Dieu (sbsl) interrogé, à ce sujet, avait répondu : «Faites comme vous l'entendez sans aucune objection.» Il est cependant préférable pour lui de retarder le rite de la circumambulation de la dispersion après le sacrifice de l'offrande où se déroule le rite de la lapidation.

Le rite de la lapidation
Le jet de cailloux, en général, n'est pas une obligation qui entraîne la nullité du pèlerinage en cas de délaissement. Cependant, il est recommandé, voire exigé, dans la lapidation «d'El-Aqaba» celle-là même qu'on accomplit une fois lors du dixième jour, tandis qu'il reste considéré comme «sunna» le reste des autres jours. La lapidation est un acte symbolique par lequel le pèlerin exprime sa volonté de rejeter les penchants maléfiques de l'âme, geste qu'il renouvelle plusieurs fois pour montrer sa détermination à ce sujet. En cette circonstance exceptionnelle, les pèlerins doivent exploiter l'occasion de se retrouver ensemble pour se concerter sur ce qui les intéresse au lieu de spéculer sur des légendes sans fondement concernant la lapidation et son institution.

La circumambulation de l'adieu
(Tawâf El Wadâ')

Une fois que le pèlerin a terminé ses rites et fait la circumambulation de la dispersion en s'apprêtant à retourner chez lui, il lui reste à rendre une dernière visite à la Maison sacrée et y accomplir une circumambulation dite de l'adieu. Cela équivaut à une demande de permission de partir et à un renouvellement du serment de fidélité à Dieu. Par cet acte-là, le pèlerin aura complété son pèlerinage et, c'est purifié de ses péchés et la piété raffermie, que celui-ci reviendra vers sa famille et ses proches.
«Et prenez vos provisions ; mais vraiment la meilleure provision est la piété. Et redoutez-Moi ô doués de raison.» (Cor., s.2, v.197)

L'offrande est un des rites de Dieu
Par offrande, il faut entendre l'animal qu'on sacrifie au nom de Dieu et dont on distribue la viande aux pauvres et aux nécessiteux. «Puis, lorsqu'ils gisent sur le flanc, mangez-en, et nourrissez-en le besogneux discret et le mendiant. Ainsi Nous vous les avons assujettis afin que vous soyez reconnaissants.» (Cor., s.22, v.36).
Le Saint Coran nous a montré l'esprit dans lequel l'offrande doit être acceptée par Dieu. Il s'agit de sincérité et de crainte révérencielle ainsi que de piété vis-à-vis de Dieu. Cet esprit-là doit au demeurant animer toutes les obligations cultuelles : «Ni leurs chairs ni leurs sangs n'atteindront Dieu, mais ce qui L'atteint de votre part c'est la piété.» (Cor., s.22, v.37). Et aussi : «Dieu n'accepte que de la part des pieux.» (Cor., s.5, v.27).
Se rapprocher de Dieu par une offrande qu'on sacrifie sur les lieux du «repère sacré» (El Mozdalifa) et en donner la viande aux nécessiteux est une ancienne pratique religieuse que les hommes connaissent depuis longtemps. C'est aussi une manière de faire revivre le rite d'Abraham et les bienfaits que Dieu lui a donnés ainsi qu'à l'humanité entière en substituant au sacrifice qu'allait accomplir le patriarche des Prophètes sur son fils Ismaël en témoignage de dévouement à Dieu, le sacrifice d'un animal. A cet effet, Abraham et son fils Ismaël doivent être considérés par les croyants comme les exemples typiques de la foi et du dévouement qu'il faut suivre en tous temps et par toutes les générations. La pratique du sacrifice telle qu'inaugurée par Abraham fut effectivement suivie par les croyants qui voulaient se rapprocher de Dieu jusqu'à ce que ce rite fut dévié de sa voie et de son but à l'instar des autres rites du pèlerinage. Les sacrifices furent alors consacrés aux idoles tout comme d'ailleurs les invocations. Ce ne fut qu'avec la venue du Messager de Dieu (Mohammed - sbsl) que ce rite fut débarrassé des relents du polythéisme et retrouva sa consécration exclusive à Dieu de même que les invocations des pèlerins.
 Le Coran a ainsi précisé que les offrandes des sacrifices doivent être constituées soit de chameaux, de bovins ou de caprins. Il a aussi exigé que ces offrandes soient exempts de défauts susceptibles de corrompre la viande ou de soulever le cœur de dégoût. «Et ne vous tournez pas vers ce qui est vil pour en faire dépense. Ne donnez pas ce que vous-mêmes n'accepteriez qu'en fermant les yeux ! Et sachez que Dieu n'a besoin de rien et qu'Il est digne de louange.» (Cor., s.2, v.267). Dans un hadith, il est dit : «Dieu est bon et n'accepte que ce qui est bon.»

Les sacrifices d'offrandes dans le Coran
Trois sourates du Coran ont mentionné les sacrifices d'offrandes. Ce sont la sourate de la Génisse (El Baqara), de la Table (El Maida) et du Pèlerinage (El Hajj). Le Coran a traité ces offrandes sous trois aspects :
Premièrement : Pour en montrer l'importance et la nécessaire sincérité qui doit accompagner l'acte, de même que sa consécration à Dieu.
C'est ainsi que dans la sourate du pèlerinage on lit : «Nous vous avons désigné les chameaux (et les vaches) bien portants pour certains rites établis par Dieu. Il y a en eux pour vous un bien.» (Cor., s.22, v.36).
Et dans la sourate de la Table : «Ô les croyants ! Ne profanez ni les rites du pèlerinage (dans les endroits sacrés) de Dieu, ni le mois sacré, ni les animaux de sacrifice, ni les guirlandes.» (Cor., s.5, v.2).
Deuxièmement : Pour en montrer les cas de figure où le sacrifice est exigé. Ces cas de figure sont :
- L'empêchement pour une raison ou une autre d'accomplir le pèlerinage. C'est ce à quoi fait mention la Parole du Très-Haut : « Et accomplissez pour Dieu le pèlerinage et la Omra. Si vous en êtes empêchés, alors faites un sacrifice qui vous soit facile.» (Cor., s.2, v.l96).
Le Coran précise, dans cette optique, que l'offrande doit être à la portée du fidèle. De même qu'il n'a pas substitué à ce sacrifice autre chose, même en cas d'incapacité du fidèle à le faire.
- Une nuisance susceptible de perturber le cours normal du pèlerinage. C'est ce à quoi fait mention la Parole du Très-Haut : «Si l'un d'entre vous est malade ou souffre d'une affection de la tête (et doit se raser), qu'il se rachète alors par un Siyâm, ou par une aumône ou par un sacrifice.» (Cor., s.2, v.196). Dans un cas comme celui-là, il est laissé au pèlerin le choix entre l'immolation, le jeûne et les aumônes.
- L'état intermédiaire entre le petit et le grand pèlerinage, c'est-à-dire le laps de temps dont le pèlerin jouit entre le petit pèlerinage «Omra» et le grand pèlerinage «Hajj». Le Coran y fait mention dans le verset suivant :
«Quiconque a joui d'une vie normale après avoir fait l’«Omra» en attendant le pèlerinage, doit faire un sacrifice qui lui soit facile. S'il n'a pas les moyens, qu'il jeûne trois jours pendant le pèlerinage et sept jours une fois rentré chez lui, soit en tout dix jours.» (Cor., s.2, v.196).
Le Coran précise, dans ce cas-là, que le pèlerin a le droit de jeûner en cas d'incapacité à pratiquer le sacrifice.
- L'infraction à l'état de sacralisation en tuant du gibier ou en arrachant des arbres. Ce cas est mentionné dans la Parole du Très-Haut : «Ô les croyants ! Ne tuez pas de gibier pendant que vous êtes en état d'Ihrâm. Quiconque parmi vous en tue délibérément, qu'il compense alors, soit par quelque bête de troupeau, semblable à ce qu'il a tué, d'après le jugement de deux personnes intègres parmi vous, et cela en offrande qu'il fera parvenir à (destination des pauvres de) la Ka'ba, ou bien par une expiation, en nourrissant des pauvres, ou par l'équivalent en jeûne.» (Cor., s.5, v.95). Tout comme dans le cas de la nuisance cité plus haut, le pèlerin a, dans ce cas-là, le choix entre l'immolation, les aumônes ou le jeûne.  
Troisièmement : Pour en montrer les endroits destinés à l'immolation. «Puis son lieu d'immolation est auprès de l'Antique Maison.» (Cor., s.22, v.33). Et aussi : «A (destination des pauvres de) la Ka'ba.» (Cor., s.5, v.95). Et encore : «Avant que l'offrande n'ait atteint son lieu d'immolation.» (Cor., s.2, v.196).
Ces endroits indiqués par le Coran sont situés dans le territoire sacré. Le messager de Dieu a dit à ce sujet : « La vallée de Minen est consacrée à l'immolation de même que les environs de La Mecque.» Quant au temps où doit s'effectuer l'immolation, c'est généralement durant les trois jours du sacrifice, ou plus précisément du lever du soleil jusqu'à l'arrivée du quatrième jour.
Il y a lieu de préciser, dans cette optique, que cette détermination du temps pour l'immolation ne concerne pas les sacrifices accomplis pour expier des fautes ou des infractions dans le pèlerinage. Ces actes-là n'ont pas de temps déterminé, contrairement au grand sacrifice «Yawm Ennahr».
En outre, le sacrifice concernant l'état intermédiaire entre le petit et le grand pèlerinage peut être accompli avant le regroupement à Arafat, une fois l'état de sacralisation entré en vigueur pour le grand pèlerinage de même que dans le cas où l'état de sacralisation du petit pèlerinage «Omra» est interrompu par le pèlerin pour entrer dans le grand pèlerinage.

Hadith

D’après Ibnou Omar l'envoyé de Dieu (QSSSL) a dit :
«Il m'a été ordonné de combattre les hommes jusqu'à ce qu'ils témoignent qu'il n'est d'autre divinité qu'Allah, et que Mohammed est Son Envoyé, qu'ils accomplissent la prière rituelle, qu'ils acquittent la Zakat. S'ils exécutent ces choses, ils seront, à mon égard, garantis quant à leurs personnes et à leurs richesses, à moins qu'ils ne trangressent ouvertement la loi de l'Islam, mais Dieu réglera le compte de leurs intentions vraies».
    [Rapporté par Boukhari et Mouslim]

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