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Hassi-Messaoud : De multiples contraintes à la situation de l’emploi

Le secteur de l’emploi à Hassi-Messaoud (Ouargla) connaît, malgré les nombreuses offres d’emploi proposées par les sociétés nationales, publiques, privées ou étrangères, de multiples contraintes entravant l’accès de demandeurs d’emploi de la région à un poste de travail, de l’avis même du directeur local de l’Agence nationale de l’emploi (ANEM).

PUBLIE LE : 09-04-2013 | 23:00
D.R

Le secteur de l’emploi à Hassi-Messaoud (Ouargla) connaît, malgré les nombreuses offres d’emploi proposées par les sociétés nationales,  publiques, privées ou étrangères, de multiples contraintes entravant l’accès de demandeurs d’emploi de la région à un poste de travail, de l’avis même du directeur local de l’Agence nationale de l’emploi (ANEM). 

Selon M. Ahmed Siyoud, de nombreuses contraintes gênent le bon fonctionnement  du secteur, d’où les nombreuses contestations des demandeurs d’emplois constatées dernièrement dans la région. Il relève, à titre d’illustration, que les 280 sociétés activant dans  cette localité pétrolière ont proposé l’année écoulée quelque 700 offres d'emploi  et une cinquantaine d’autres durant le premier trimestre de l’année en cours.  Des offres très souvent accompagnées de conditions "draconiennes" concernant  le profil du poste, ne pouvant être remplies par les postulants, explique-t-il. Ces contraintes se résument en deux points essentiels : avoir une expérience  de cinq années minimum dans le domaine, et maîtriser des langues étrangères. "Deux conditions que ne remplissent généralement pas ces jeunes demandeurs d’emploi",  confie M. Siyoud.   
"Ce sont là des conditions impossibles à remplir", s’insurge le jeune  Amine, 29 ans, natif de Ouargla et détenteur d’un diplôme d’ingénieur en hydrocarbures, rencontré dans le bureau de l’ANEM.  Et d’ajouter : "Sincèrement, il très difficile de postuler pour un poste  d’emploi dans une société pétrolière sans expérience, mais comment en avoir,  si l’on a pas eu la chance de travailler ?!" Un constat "vraiment amer mais réel", soutiennent nombre de personnes en quête d'emploi. 

Les sociétés de sous-traitance mises à l’index
Les sociétés de recrutement sont aussi mises à l’index par beaucoup de demandeurs de travail dans cette crise d’emploi.   Ces dernières "proposent généralement des postes «précaires» dans la  restauration, le gardiennage, le nettoyage et autres, avec surtout une grande disparité entre les salaires obtenus des sociétés employeuses et ceux versées  aux travailleurs, pouvant être réduits de moitié", déplore le jeune Amine  sans cacher son sentiment de "Hogra" (injustice) souvent, soutient-il, à l’origine de mouvements de contestation de la part des jeunes qui  s’insurgent contre  ce système "d’exploitation".   
Les chiffres avancés par le bureau local de l’ANEM sont pourtant, à première vue, assez cohérents ou 1.300 demandes ont été satisfaites en 2012 sur un total de 2.000 chômeurs inscrits, alors qu’une trentaine sur un total  de 200 inscrits a pu être embauchée durant le premier trimestre de l’année en  cours. Cependant la contestation et le mécontentement restent toujours d’actualité,  car les sociétés de sous-traitance proposent des contrats de six mois ou d’une année, souvent non renouvelables, faisant qu’un grand nombre d’entre eux se retrouve de nouveau sans emploi à terme, assure, exaspéré, Samir N. (34 ans) père de deux enfants et demandeur d’emploi, rencontré à la sortie du bureau  de l’ANEM à Hassi-Messaoud. "Je possède un diplôme d’ingénieur en informatique, mais je me trouve souvent contraint, au vu de mes obligations familiales, d’accepter des boulots  qui n’ont rien à voir avec ma formation, auprès de sociétés de sous-traitance, tout en sachant que je vais me retrouver au chômage dans six mois".    "Ce n’est pas dans ces conditions que je vais assurer ma vie et celle de ma petite famille", ajoute-t-il amer, avouant "préférer de loin travailler, même comme agent de sécurité, malgré mon diplôme d'ingénieur, dans une entreprise publique nationale, où là au moins je suis assuré d’avoir un poste stable qui me permette de nourrir dignement ma petite famille".  L’embauche au ralenti et des examens insurmontables. En se penchant de plus près sur le mode opératoire du recrutement,  il est constaté en premier lieu qu’il tourne vraiment au ralenti, puisqu’entre  l’offre, le traitement de la demande et la convocation du postulant, il se passe souvent six mois, sinon plus, "de quoi vraiment perdre patience", indique le  chargé des études au bureau local de l’ANEM.          
Pour M. Hichem Laroussi, le "calvaire des candidats ne s’arrête pas  là, puisqu’une convocation ne signifie nullement un emploi assuré pour les  candidats qui doivent passer ensuite des examens souvent insurmontables surtout  pour les nouveaux diplômés universitaires postulant pour des postes au niveau  des compagnies pétrolières, nationales ou étrangères, et voient donc souvent  leurs candidatures refusées."          Ainsi et par souci d'équité dans le traitement des dossiers de candidatures, le chef de daïra de Hassi-Messaoud, M. Araar Kherchouche, propose que l’ANEM  accompagne ces jeunes candidats postulant à un emploi, afin de donner, à la fois, une chance aux jeunes de la région et une grande transparence à l’opération  d’embauche. Le même responsable a également fait part d’une "certaine anarchie"  dans la gestion du problème à l’ANEM locale et ce "depuis plusieurs années",  d’où, a-t-il suggéré, la nécessité de "converger les efforts tant au niveau local et de wilaya pour une meilleure organisation de cette agence". A noter qu’il a été procédé dernièrement à la réouverture du bureau  local de l’ANEM à Hassi-Messaoud, après avoir été encadré par une commission spéciale dépêchée de l’ANEM de Constantine. Ce bureau a été la cible d'actes de vandalisme lors des mouvements de contestation, ayant empêché ses agents de s’acquitter correctement de leur travail, à savoir activer les contacts avec les sociétés pourvoyeuses d’emplois.    

L’instruction du Premier ministre répond aux attentes des chômeurs
Concernant l’application de l’instruction du Premier ministre relative  à la gestion du dossier de l’emploi dans le sud du pays, M. Araar a indiqué qu’elle "répond aux attentes des chômeurs de la région, surtout que les jeunes  demandent une équité dans l’opération de recrutement, en plus de la prise en compte du volet de la formation dans les spécialités en relation avec l’activité  des sociétés implantées dans la région". Les dernières mesures prises concernant la surveillance de l’ensemble  des sociétés implantées à Hassi-Messaoud, ont permis, durant le 1er trimestre 2013, d’établir sept  procès-verbaux d’infraction en matière de recrutement  direct de la main-d’œuvre locale, a fait savoir, pour sa part, le directeur  de wilaya de l’inspection du travail, M. Lyès Allel.    
Le même responsable a indiqué que l’inspection veille à ce que les sociétés nationales, étatiques, privées ou étrangères respectent le code du travail et  qu’elle ne fait aucune concession en ce qui concerne les infractions.   De leur côté, les chômeurs de la région réclament, concernant l’instruction  du Premier ministre, M. Abdelmalek Sellal, qui a visité dernièrement certaines wilayas du Sud, son "application rigoureuse, afin de solutionner, à travers des actions palpables sur le terrain, le problème de l’emploi", tout en refusant "catégoriquement" une "politisation" de leurs revendications.
APS

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Ces freins qu’il faut lever
Les disparités régionales en matière d’emploi notamment, existent. Cette réalité lèse en premier lieu les jeunes de ces régions. Le gouvernement Sellal s’attelle à y remédier, et ce d’autant que cette situation  est devenue inacceptable.
Car à la base elle laisse croire à l’existence d’une certaine iniquité dans la répartition de la principale richesse du pays — qui se trouve paradoxalement dans cette  région —  et l’accès au développement financé par l’exportation des hydrocarbures. Les instructions données par le Premier ministre en vue de mettre un terme à ces disparités sont mises en œuvre. Mais il ne faut pas être grand clerc pour savoir que ce n’est pas en un claquement de doigts que la situation sera inversée en faveur de ces jeunes.  Il faut du temps et de la persévérance. Il faut également faire preuve de  détermination dans l’application des mesures du gouvernement. Et pour cause, l’origine de ce problème dont souffrent les jeunes du Sud n’est pas tant imputable aux pouvoirs publics qu’aux entreprises.
Les dysfonctionnements  sont, principalement, à leur  niveau.  Des  multinationales, la Sonatrach et les sociétés de sous-traitance, sont, entre autres,  pointées du doigt. Pour se défendre, voire pour justifier le choix de leurs recrutements, les entreprises ne manquent pas d’arguties.
Il faut souligner que quand bien même les entreprises nationales sont tenues de respecter les instructions en matière d’emploi et de recrutement de l’Etat, il peut en être autrement avec les  multinationales. L’instruction du Premier ministre, Sellal, prévoit des sanctions à l’encontre des contrevenants. Cette question n’aurait jamais dû se poser si les entreprises, à titre d’exemple, avaient donné aux habitants de ces régions la priorité dans le recrutement.    
Nadia Kerraz
 

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