samedi 26 septembre 2020 16:31:14

Abdelmadjid Sidi Saïd à EL Moudjahid : “L’emploi, une préoccupation nationale”

Le SG de l’UGTA, tout en retraçant dans cet entretien l’historique de son organisation, a évoqué, dans un langage franc et sans détour, les acquis réalisés par l’UGTA, notamment ceux ayant trait au pouvoir d’achat et aux conditions sociales des travailleurs.

PUBLIE LE : 23-02-2013 | 23:00
D.R

Le SG de l’UGTA, tout en retraçant dans cet entretien l’historique de son organisation, a évoqué, dans un langage franc et sans détour, les acquis réalisés par l’UGTA, notamment ceux ayant trait au pouvoir d’achat et aux conditions sociales des travailleurs.

À l’occasion du 57e anniversaire de l’UGTA, quel message et quelles valeurs retenir de l’œuvre des aînés, leur combat pour que vive l’Algérie indépendante et naisse un mouvement syndical puissant ?

Nous  saisissons cette occasion qui nous est offerte pour remercier et saluer, avec la plus grande fraternité des travailleuses et des travailleurs, le Président de la République M. Abdelaziz Bouteflika pour toute l’attention et la sollicitude qu’il accorde au monde du travail et aux retraités, dans toutes ses différentes décisions dans les domaines économique et social, comme nous tenons à le remercier pour la lettre qu’il a adressée aux travailleurs à l’occasion de la célébration du 57e anniversaire de l’UGTA et du 42e anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures. En cette occasion de double anniversaire, l’UGTA rend un vibrant hommage à ses aînés pour leur sacrifice, leur engagement et leur lutte inlassable. La création de l’UGTA le 24 février 1956 est un jalon du processus de lutte et de maturation de la conscience politique et sociale des travailleurs algériens aux prises avec l’oppression politique et l’exploitation économique de la colonisation. Le mouvement syndical algérien était composé de militants aguerris par une longue expérience de combats menés sur les lieux de travail et au sein de la société contre les formes insidieuses ou manifestes d’exclusion, de discrimination et d’exploitation. L’engagement  patriotique des militants et dirigeants algériens sera un des vecteurs utilisés pour mener le long et dur combat libérateur. Le mouvement syndical algérien s’attela à réaliser l’espoir de dizaines de milliers de travailleurs. Il devait faire face à la question de son implication dans la révolution déclenchée le 1er novembre 1954. Auprès des dirigeants éminents de la Révolution, aux côtes de ses frères de lutte, Aïssat Idir, qui avait déjà un parcours prestigieux dans le mouvement syndical algérien, a pris conscience de l’importance stratégique que pouvait représenter l’unité et la cohésion des travailleurs dans le mouvement de libération. Décision a donc été prise de parer à cette situation en prenant en considération le plan stratégique d’unification des forces sociales. C’est dans ce contexte que naquit l’UGTA le 24 février 1956, en pleine guerre de libération, avec l’objectif clairement déclaré de mobiliser les travailleurs pour lutter contre le colonialisme et son injustice. L’UGTA répondait à l’objectif stratégique de la Révolution de se doter d’une organisation syndicale ayant pour mission de faire participer les travailleurs à la lutte libératrice. Parmi les membres fondateurs de l’UGTA, on relevait les noms qui sont demeurés dans la mémoire collective des Algériens. Citons, entre autres : Aïssat Idir, Ben Aïssa Atallah, Bourouiba Boualem, Djermane Rabah et Ali Yahia Madjid (membres du secrétariat national), Mada Mohamed, Amrani Abdelkader, Lamini Amar, Haddadi Messaoud, Ayache Mohamed et Zitouni Ahmed, (membres du bureau exécutif), Rebbah Slimane, Abib Mohamed, Hanachi Mayouf, Bourouiba Hassen, Gaïd Tahar, Zioui Mohamed, Boudjelal Ali, Rabia Mohamed et Flissi Mohamed (membres de la commission exécutive nationale). C’est grâce à l’inlassable travail de sensibilisation et de mobilisation entreprise par ces dirigeants fondateurs que l’Organisation prit un essor fulgurant.
Hommage à rendre avec fierté aux militants de l’UGTA, pour leur esprit rassembleur, et démocratique, et qui agissent pour l’épanouissement économique et social du pays. Nous retenons toutes ces valeurs patriotiques  et mettons à l’œuvre toutes leurs dimensions, et ceci demeure l’esprit  indéniable  de l’UGTA. Les militants de l’UGTA gardent avec fidélité leurs principes à l’égard de leurs prestigieux devanciers, qu’ils évoquent et invoquent pour leur repères solides et qui éclairent souvent les chemins de lutte pour une société plus juste et plus solidaire.

La date anniversaire de création de l’UGTA correspond à un autre anniversaire, celui  du 24 février 1971, date de la nationalisation des hydrocarbures. Récemment, une de nos installations gazières a fait l’objet d’une attaque terroriste. Qu’avez-vous à dire aux travailleurs  algériens touchés dans leur potentiel économique stratégique ?

À cette occasion, l’UGTA a fait une déclaration dans laquelle  elle rend hommage aux victimes algériennes et étrangères du terrorisme barbare, à l’Armée nationale populaire et aux services de sécurité. Nous tenons encore une fois à exprimer notre compassion  et notre solidarité sans limite aux familles des innocentes victimes,  ainsi qu’aux travailleurs cadres de Tiguentourine, tout en renouvelant notre engagement et notre détermination à défendre notre pays, à  éradiquer le fléau du terrorisme et à préserver les acquis du peule algérien en 50 ans d’indépendance.

Il est aisé d’observer le phénomène de l’inflation qui rogne le pouvoir d’achat des travailleurs. Quelles solutions propose la centrale syndicale pour que les hausses de salaires représentent un relèvement effectif du pouvoir d’achat ?

La question du pouvoir d’chat est récurrente et retient l’attention des pouvoirs publics et ses partenaires sociaux. Pour l’UGTA, cette question est cardinale dans  la conduite de son action syndicale, le SNMG/pouvoir d’achat a fait l’objet d’un traitement permanent et continu, pratiquement dans toutes les bipartites et tripartites depuis octobre 1990.
Le dossier du pouvoir d’achat  a bénéficié, pour son traitement, de 12 bipartites gouvernement-UGTA et de 12 tripartites gouvernement-UGTA-patronat, soit 24 négociations sur 28, équivalent à 87,71% de l’ensemble des négociations dans le cadre du dialogue social entre les partenaires sociaux. À titre indicatif, le SNMG est passé de 10.000 DA en janvier 1990 pour atteindre 18.000 DA en janvier 2012. Nous  pouvons aussi dire que le processus de négociations dans les secteurs économiques public et privé a permis une évolution sensible du pouvoir d’achat des travailleuses et des travailleurs. L’UGTA et ses partenaires ont  conclu 302 conventions collectives de branches, 3.498 conventions collectives d’entreprises et 15.383 accords salariaux, et il convient de signaler la conclusion de deux conventions-cadres avec le patronat, en 2006 et en 2010. Ces accords ont été le fruit d’un processus de négociations, et  nous sommes prêts  à  conclure 14. 347 accords salariaux. Ces accords signés dans le secteur économique public et privé ont touché un effectif global de 2.213.000 salariés, et généré une moyenne d’augmentation de 42% englobant les augmentations de salaires, des primes et des indemnités, et ce durant la période 1990-1999. Pour la période 2000-2012, les accords intervenus dans le secteur économique et celui de la fonction publique ont touché un effectif global de : 2.582.462 salariés dans le secteur public, 1.262.336 salariés dans le secteur privé et 1.800.000 salariés dans le secteur de la fonction publique, soit au total 5.644.798 salariés. Dans le secteur économique, les accords ont généré un taux moyen d’augmentation de 54%, englobant les augmentations de salaires des primes et des indemnités. Dans le secteur de la fonction publique, les revalorisations des salaires, primes te indemnités ont généré une augmentation moyenne de 65%. Au regard de ces résultats, il est évident que des efforts considérables ont été consentis pour l’amélioration du pouvoir d’achat des travailleurs. Pour nos aînés, les conditions de vie des retraités, leurs revendications ont toujours été prises en charge dans la dynamique de l’action de l’UGTA. On peut citer quelques mesures en leur faveur, telles que les mesures relatives à l’institution d’une indemnité complémentaire des pensions de retraite et d’invalidité, dont le montant est inférieur à 10.000 DA, le relèvement et l’harmonisation de la majoration pour conjoint à charge pour les travailleurs mis en retraite à compter du 1er janvier 2010, l’affranchissement de l’impôt sur le revenu global (IRG) à toutes les pensions inférieures à 20.000 DA, le maintien et l’élargissement du système du tiers payant à tous les retraités sans exception, les mesures de revalorisation exceptionnelle des pensions et allocations de retraite (Conseil des ministres du 18 décembre 2011), et enfin la création du Fonds national de réserve de retraite, conformément à la décision du Président de la République, destiné à préserver les équilibres financiers de la Caisse nationale des retraites, et à assurer un revenu de remplacement pour les générations futures. La bipartite du 3 juillet 2006 a d’ailleurs retenu le principe de création du Fonds national des réserves des retraites. Ce fonds a été institué par la loi de finances complémentaire de 2006, et financé par 2% de la fiscalité pétrolière, et ce par décision du Président de la République lors du Conseil des ministres du 18 décembre 2011. Ce taux a été porté à 3% de la fiscalité pétrolière à partir de 2012. En plus de ces avancées qui contribuent fortement au bien-être des travailleurs et de leur famille, nous nous préoccupons également  d’autres effets, tels que l’inflation, et le spectre de l’informel qui affectent, comme vous le savez, les revalorisations salariales. Et pour répondre à cette inquiétude, l’UGTA et le Conseil national économique et Social ont travaillé d’arrache-pied et ont conjointement élaboré un «Mémorandum relatif  à la politique de maîtrise des prix et de sauvegarde du pouvoir d’achat».
Ce document renferme 74 propositions portant sur la réforme de l’ensemble du dispositif de régulation monétaire et budgétaire en lien étroit et direct avec le rôle de régulation et de contrôle par les pouvoirs publics. Par ailleurs, nous agissons sur d’autres aspects d’actions et de discussions avec nos partenaires sur cette question, qui demeure centrale pour la préservation du pouvoir d’achat des travailleurs. Cette préservation du pouvoir d’achat peut être encore mieux renforcée en déployant des efforts collectifs pour faire de la promotion de la production nationale une réalité.

La problématique de l’emploi et de son essor figure parmi   les challenges actuels et futurs de l’économie nationale. Comment la centrale syndicale conçoit-elle les solutions à ce défi, et comment y contribue-t-elle ?

L’emploi est une préoccupation nationale et universelle. Pour ce chapitre, l’UGTA est totalement investie dans les différentes mesures prises dans ce sens, et plus particulièrement à l’endroit des jeunes. Au risque de nous répéter, la promotion de la production nationale constitue un vecteur réel de cette question qu’est l’emploi. À l’instar d’autres pays et surtout les pays nantis, aujourd’hui nous devons agir pour que la consommation de la  production nationale soit une bataille, et cela concerne l’ensemble de la  collectivité nationale. Cet acte patriotique fera reculer certainement le phénomène d’importation qui grève sérieusement le pouvoir d’achat des salariés.

Quelle évaluation faites-vous de l’organisation, du contenu et des résultats du dialogue social, et quel impact a-t-il sur le fonctionnement de l’économie nationale et ses enjeux de croissance ? Par ailleurs, l’actualité fait mention, de temps à autre, de la conclusion d’un pacte de croissance. Quelle est votre appréciation du pacte national économique et social précédent, et quelles préoccupations entendez-vous défendre  à l’occasion de la confection de ce nouveau pacte de croissance ?

Le concept du dialogue social a été toujours valorisé par la Bureau international du travail auprès des partenaires sociaux des différents pays à travers le monde, en tant qu’élément civilisationnel de traitement des questions économiques et sociales. L’Algérie a  été parmi les  premiers pays initiateurs du dialogue social et de la concertation. À titre de rappel, le processus du dialogue social a été entamé depuis janvier 1990, grâce à cette volonté partagée, nous avons tenu 14 bipartites et 14 tripartites, lesquelles ont touché l’ensemble des points concernant l’activité économique et sociale. Cette méthodologie d’action basée sur la démocratie sociale a permis de transcender pas mal d’écueils touchant les activités économiques et sociales. L’expérience algérienne en matière de dialogue social a été valorisée, consacrée par la conférence internationale du travail en juin 2005 lors de la présentation du lancement du Pacte national économique et social par Monsieur la Président de la République. Le cheminement national de ce dialogue social a été couronné par la ratification d’un pacte national économique et social, en octobre 2006, par les différents partenaires sociaux. Cette ratification à l’honneur de notre pays et, nous le disons avec beaucoup de fierté, a été saluée par toutes les institutions internationales et les organisations syndicales régionales et internationales. C’est à juste titre que nous disons que l’action syndicale basée et animée par la volonté et la conviction de rechercher de solutions aux multiples préoccupations légitimes des travailleurs, qui s’articule autour de cette noble approche qu’est le dialogue social et le consensus. Cette démarche civilisation nous a permis de répondre aux  différentes préoccupations des travailleurs.
 
Un dernier mot pour les travailleurs algériens ?

Les changements mondiaux dans tous les domaines, et particulièrement celui économique, nous amènent à constater que le protectionnisme des pays nantis de leur économie nous incite, en tant que syndicalistes, à dire que l’action syndicale basée sur la confiance, la sérénité et la stabilité constituent des vecteurs indispensables à la prise en charge du développement économique et de l’épanouissement social de notre pays.
 Entretien réalisé
par Yacine Ould Moussa


Un combat  pérenne

Ce 24 février 2013, l’Union générale des travailleurs algériens célèbre son 57e anniversaire. C’est en pareil jour qu’elle a été créée en 1956. Et que du chemin parcouru depuis cette date. Un parcours jalonné et façonné par les sacrifices. Entre ses martyrs de la Révolution et ceux de la République, la centrale syndicale, dont la création est présentée comme un jalon du processus de lutte et de maturation de la conscience politique et sociale des travailleurs algériens aux prises avec l’oppression politique et l’exploitation économique de la colonisation, a versé un lourd tribut. D’Aïssat Idir à Abdelhak Benhamouda, l’UGTA a accompagné toutes les phases de l’histoire du pays. Du mouvement de libération du pays au processus d’édification mis en place au lendemain de l’indépendance, l’organisation syndicale a toujours répondu présent à l’appel de l’Algérie. Faut-il  rappeler les conditions et la conjoncture dans lesquelles est né le mouvement syndical algérien ? Et si cela est nécessaire, il y a juste de souligner qu’il avait pour objectif principal de mobiliser les travailleurs afin de consolider davantage la lutte pour la libération du pays. Et c’est ce qu’il a réussi à faire. Composé de militants aguerris par une longue expérience de combats menés sur les lieux de travail et au sein de la société contre les formes insidieuses ou manifestes d’exclusion, de discrimination et d’exploitation, le mouvement syndical ne pouvait en effet qu’assurer la participation des travailleurs à la lutte libératrice. C’est ainsi que la Révolution s’est dotée de son organisation syndicale. Selon un document de l’UGTA, quelque 100.000 travailleurs y adhérèrent dès les premières années de sa création. Mais, une fois l’indépendance acquise, l’UGTA forte de son expérience s’est retrouvée de facto investie d’un nouveau rôle qui, loin de  l’effrayer, n’a fait que la conforter dans  son rôle de soutien à l’État qu’elle assume jusqu’à ce jour. En 1962,  il fallait prioritairement relever le défi du redressement du pays dévasté par sept années et demie d’une guerre ravageuse. En fait, force est de lui reconnaître que depuis 1962, l’UGTA est de tous les combats menés. Une présence qui prendra une toute autre dimension depuis le 8e congrès de juin 1990. Ce rendez-vous réussi est considéré comme un tournant dans le parcours de la centrale syndicale. Au lendemain de ce congrès, l’UGTA s’est positionnée comme étant un acteur incontournable de la vie nationale du pays. Et si l’implication de l’organisation a été salvatrice pour la République, par la création du Comité de sauvegarde de la République, il n’en reste pas moins vrai que c’est, notamment, sur le champ de la revendication qu’elle a porté son combat en se faisant le porte-voix de tous les travailleurs et de leurs familles, ainsi que celles des retraités. L’UGTA avait ainsi retrouvé sa vocation originelle en œuvrant avec conviction à faire avancer l’action syndicale pour répondre aux revendications, au demeurant, légitimes du monde du travail. Mais si l’UGTA a montré ses crocs, puisque devenue plus revendicative qu’elle ne l’avait été avant son 8e congrès, elle s’est aussi imposé une ligne de conduite qui a fait qu’elle demeure, à ce jour, le partenaire social privilégié du gouvernement. En effet, les acquis consolidés pour certains ou arrachés pour d’autres ont été le fruit de la concertation et du dialogue. Les  multiples revendications relatives au pouvoir d’achat, aux conditions de travail socioprofessionnelles ont été pour la plupart satisfaites, car soulevées dans un cadre tripartite où gouvernement, patronat et partenaire social ont pu parvenir à des compromis. Car si la protection du pouvoir d’achat, avec son corollaire hausse des salaires, est l’essence même de l’action syndicale, dans le cas de l’UGTA, elle tient toujours compte aussi de la nécessité de la protection de l’outil du travail, de façon à ne pas scier la branche sur laquelle le travailleur est assis. Ainsi, sera-t-il souligné, la «recherche permanente du bien- être, la volonté de faire progresser la dimension sociale dans le processus du développement économique durable sont au cœur de l’action syndicale de l’UGTA». Mais cette concurrence n’a pas réussi à remettre en cause l’existence  de la centrale qui demeure, selon sa direction, «l’organisation qui a su conserver la clarté de ses options, sa capacité mobilisatrice et son pouvoir de proposition».                                             

Nadia Kerraz


 

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