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Conférence du professeur Hamdan Hadjadj : Les grandes poétesses de l’Andalousie racontées

Chercheur émérite en littérature arabe et docteur d’Etat dans la spécialité arabe moderne, Hamadan Hadjadj est un auteur très prolixe.

PUBLIE LE : 11-04-2012 | 23:00
D.R

Chercheur émérite en littérature arabe et docteur d’Etat dans la spécialité arabe moderne, Hamadan Hadjadj est un auteur très prolixe. A cheval entre l’Algérie et la France, il fait depuis quelques temps des allers-retours pour mener à bien ses investigations en bon spécialiste du monde arabo-musulman. Avec une parole toute de préciosité pour cet amoureux inconditionnel de la langue arabe et de sa rigueur syntaxique, notre professeur, malgré un âge avancé, continue de creuser un peu plus son savoir en interrogeant le champ des cultures croisées à travers des références bibliographiques qui le mènent aujourd’hui vers la connaissance de l’héritage andalou.

Nous avons eu l’agréable occasion de suivre son intervention remarquée dimanche dernier à l’Institut français où notre orateur sur un ton décontracté et familier a présenté une conférence sur la poésie andalouse féminine, un sujet qui a pour ainsi dire rarement été abordé par les historiens de la littérature arabe et que notre conférencier a tenu à souligner  à travers l’étude d’un corpus  et d’extraits de strophes poétiques  l’apport, la teneur  et l’audace des poétesses dans une Andalousie qui aura connu pendant près de cinq siècles son époque de splendeur et de richesse culturelle que les orientalistes français qualifieront de raffinée alors qu’elle avait rivalisé dès l’avènement de l’Islam dans la quintessence de son esprit le savoir occidental. Hamdan Hadjadj qui a considéré que la thématique abordée constituait un réel défi qu’il était fier de relever dans la mesure où le grand public à l’exception des puristes a longtemps méconnu la poésie faite par des femmes arabes celles qui étaient venues de Médine - on les appelaient el maddaniyete - jusqu’en Espagne et avaient bien avant le cercle des initiées européennes formé  les salons des belles lettres qu’elles chantaient avec beaucoup de poésie sur leur «oud» devant les califes et gouverneurs des plus grandes villes andalouses.
Dans son survol historique, notre professeur a montré comment à une période déterminée les conditions étaient réunies dans la société andalouse d’alors pour engendrer de grandes poétesses. Ces dernières avaient trouvé le terrain favorable à l’éclosion de leur expres- sion poétique pendant le règne d’un héritier des Omeyyades, le sultan Abderrahmane 1er qui avait réussi à s’échapper de Damas après la prise des Abbassides, traverser la Tunisie et s’établir à Cordoue. Ce calife qui perpétue sa lignée qui avait élevé de somptueux palais, planté des palmiers et édifié le fameux Alcazar dans cette région, instaure alors la paix et la prospérité en peu de temps et rend l’enseignement obligatoire pour toutes les couches de la société au point où même les paysans savaient lire et écrire. Ce prince qui avait encouragé les soirées culturelles auxquelles des femmes et chanteuses prenaient part avait des émissaires dans le monde arabe qui lui ramenaient des musiciens de renom, à l’instar de Ziryab, ce jeune adolescent pétri de savoir et de musique qui était admiré par le calife Haroun Errachid. Cette époque où l’Andalousie était au firmament de l’histoire puisque des spécialistes attestent qu’elle rivalisait alors avec Rome et Paris a vu toutes les communautés religieuses comme les juifs, chrétiens et musulmans cohabiter dans la paix et «non dans la peur qui engendre le racisme», souligne ce conférencier. C’est à ce moment qu’apparaissent ces femmes - l’intervenant en dénombre 5 -  qui avaient une solide formation culturelle et scientifique envahissent le terrain public à l’exemple de cette poétesse juive qui excellait dans la poésie arabe et qui a laissé de splendides «Mouachahate». Ces poétesses de l’Andalousie qui adressaient de magni- fiques vers à leur amant de cœur provoquaient les tenants du pouvoir  et les «fouqaha» qui voulaient à tout prix les détruire en leur faisant subir des injures sur leur vertu, elles se seront distinguées dès le début du IXe siècle en raison de leur statut - certaines étaient les filles de Premier ministre ou de gouverneur- par une poésie libertine ou courtoise exprimant leur propre passion ou des amours violent malgré les interdits et à l’instigation des princes de la cour qui savaient dans cette lointaine Andalousie apprécier l’art et les plaisirs de la vie. Qui l’eût cru?
Lynda Graba

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