lundi 28 septembre 2020 00:24:30

Célébration de l’Achoura : Une fête d’Entraide et de partage

Entre jeûne et commémoration

PUBLIE LE : 29-08-2020 | 0:00
D.R

Comme chaque année, les Algériens célèbrent, aujourd’hui, la fête religieuse de l’Achoura. Cette date, qui tient une place particulière parmi les autres fêtes religieuses, est synonyme d’échange et de retrouvailles familiales, d’entraide et de solidarité. Mais cette année, les Algériens, à l’instar des autres musulmans du monde, vivent les fêtes religieuses dans un contexte inédit marqué par le changement obligatoire de certaines de leurs habitudes à cause de la pandémie de coronavirus. Durant cette journée les familles ont l’habitude de se retrouver réunies pour partager des repas traditionnels, issus de notre richesse culinaire, et venir en aide aux nécessiteux et aux plus démunis. Mais cette fois-ci et vu le risque de contamination et de propagation du virus du covid-19, les familles vont devoir renoncer à certaines de leurs habitudes ou tout simplement les limiter : le rassemblement de la grande famille, les amis, le rush sur les marchés et magasins de vente de produits alimentaires...
Or même s’il n’est pas tout à fait interdit d’avoir des visites familiales, le plus important reste le respect des gestes barrières (distanciation, port de bavette, lavage des mains, application du gel désinfectant...), pour la préservation de leur santé et celle de leurs proches. Ainsi, et nonobstant cette situation sanitaire, les actes de bienfaisance ne manquent pas également.
Les associations, les comités de quartiers, les imams et les citoyens ne se privent pas pour rendre visite aux personnes malades dans les hôpitaux, les maisons de vieillesse, les centres SOS enfants… Même les pauvres et les sans-abri sont accueillis sous des tentes et dans des centres pour savourer un repas traditionnel (couscous, chakhchoukha, trida…) généreusement offert par la population dans un élan de solidarité, de générosité et de ferveur. Il faut bien dire qu’Achoura est une fête ayant une saveur et une dimension bien particulières.
Cette fête est également marquée par une activité commerciale particulière. Les commerçants et même les marchands ambulants se réservent des espaces pour écouler leurs marchandises, tout en appliquant les mesures de prévention.  Tout se vend et tout s’achète. Dans les souks (marchés) on trouve de tout : fruits, légumes, viandes (rouge et blanche), articles vestimentaires, ustensiles de cuisine, produits artisanaux… et même des produits du terroir comme le pain et les gâteaux traditionnels. Aucun changement de ce côté.

Entre jeûne et commémoration
 
L’art culinaire algérien possède ses propres spécificités, diversités et richesses. Ainsi et pour accueillir et fêter Achoura, les familles algériennes ont recours à des recettes pour préparer un plat traditionnel et dont les origines demeurent toujours mystérieuses et obscures. Toutes les familles se mettent à la préparation de divers plats traditionnels : couscous, chakhchoukha, rechta, trid, rougag, bouicha,… Pour certains, les préparatifs de la célébration de Achoura commencent pour les mères de famille, dès l’Aid El Adha. «Après avoir sacrifié le mouton, une partie de la viande est réservée pour Achoura. Les femmes recouvrent celle-ci de sel en vue de la conserver pour l’évènement. Car ce quartier de viande séchée constitue l’ingrédient principal dans la préparation du festin de la fête qui est généralement à la base de berkoukess (gros grains de couscous), de légumes en sauce agrémentés avec des parts de poulet qu’on égorge souvent le jour même. La préparation du repas d’Achoura prend souvent les allures d’un concours qui met aux prises les mères de famille. Celles-ci donc, attendent le soir pour qu’on prononce le verdict. En effet, chacune d’elles partage généreusement le repas qu’elle a soigneusement préparé avec les voisins. Même si le fond de cette tradition est de permettre à tout le monde, pauvre ou riche, de savourer un bon plat, il n’en demeure pas moins que les compliments que reçoivent en retour les «cordons bleus» ne les laissent pas indifférentes.
Ce qu’il faut aussi savoir, est que le déroulement de la joyeuse fête s’effectue sur fond de pratique religieuse. Les musulmans observent généralement un jeûne de deux jours comme il a été recommandé par le prophète Mohamed (QSSSL) aux musulmans.
Achoura est aussi synonyme de « zakat » pour aider les plus démunis, et de nombreux musulmans profitent de l’occasion pour s’acquitter de l’aumône.
Kafia Aït Allouache

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Bordj Bou Arreridj :
Distribution des achours et lawziaa 

A Bordj Bou Arreridj, depuis des siècles et même durant la période coloniale, les habitants de la wilaya attendaient avec impatience cette journée spéciale qu’est l’Achoura. Sa célébration ne s’arrête pas d’ailleurs à un dîner copieux prévu à l’occasion, un repas où la viande est indispensable.
La réunion familiale qui dure jusqu’à une heure tardive de la nuit fait partie du programme qui permet aux parents et aux grands-parents d’évoquer les traditions séculaires dont celle de l’Achoura surtout quand la famille complète est au rendez-vous.
C’est l’occasion pour les enfants de replonger dans l’histoire qui faite de glorieux événements dans des périodes difficiles comme celle du colonialisme. Ils apprennent aussi les valeurs qui font la nation  Au cours de l’Achoura il y a bien sûr les louanges à Dieu pour sa bonté et ses bienfaits dans cette journée symbolique puisque c’est celle où il sauvé le prophète Moussa des griffes du pharaon d’Egypte. Les habitants qui s’associent aux autres musulmans sont reconnaissants également pour tous les bienfaits que Dieu leur accorde comme la vie, la santé et même la bonne année agricole. Il faut rappeler que cette date coïncide avec la récolte des céréales qui était l’activité principale de la région.
La campagne labours-semailles se termine en général durant cette période. En récoltant du blé, les paysans procèdent à plusieurs opérations comme la préparation des bottes de foin comme aliment de bétail, la préparation des quantités de la matière qu’ils doivent vendre avant de stocker ce dont ils ont besoin pour leur consommation, notamment pendant la période hivernale.
Des trous géants similaires aux puits appelés matmour sont aménagés pour recevoir ces stocks. Mais ils mettent de côté la part des pauvres qu’ils distribuent à l’occasion. Cette part est appelée achour.  Les versions divergent à propos de l’appellation de ces dons qui doivent être faits notons-le, de la matière principale produite, du blé ou de l’avoine pour les céréaliers, de l’huile pour les propriétaires des oliviers ou des légumes. Certains relient la tradition à l’événement du jour alors que d’autres juge qu’elle tire son nom de celui de son taux qui est en arabe le dixième de la production.
Quelle que soit l’origine de cette appellation, l’Achoura est liée à la solidarité avec les démunis qui obtiennent grâce à cet élan de solidarité les produits qui leur permettent d’éviter la disette. Beaucoup d’entre eux font le tour des producteurs pour avoir les différents biens dont ils ont besoin. L’Achoura est pour eux une occasion propice pour remplir leurs couffins en attendant des jours meilleurs.
Ils ne peuvent de ce fait qu’aimer cette journée qui leur donne l’impression d’être égaux aux autres. Cette impression s’accentue surtout durant l’événement garce à une autre manifestation de solidarité qui est lawziaa.
En effet cette tradition qui veut dire littéralement distribution consiste à approvisionner tous les foyers de viande qui est essentielle pour fêter l’Achoura. Les notables ou parfois l’imam de chaque localité s’arrangent à acheter plusieurs bêtes en général des vaches qui sont payés par le biais des cotisations de chaque habitant.
Les démunis qui ne sont pas tenus à contribuer au financement obtiennent une ration comme les autres.  Les boeufs qui sont égorgés et dépecés donnent une quantité de viande qui est partagée en parts égales. La distribution se fait en public et surtout dans la joie. Tous les habitants qui profitent de l’organisation de l’opération pour se rencontrer et même régler leurs différends rentrent chez eux avec les mêmes provisions.
Pendant une nuit aucune différence n’existe entre les résidents de la même localité, achoura oblige. Cette tradition a été respectée dans plusieurs villages de la wilaya de Bordj Bou Arreridj. Des habitants qui les ont quittés sont venus spécialement à cet événement qui leur permet de se ressourcer et se rappeler les bons souvenirs. Comme quoi les temps ont changé mais les valeurs sont restées intactes.
A propos de valeurs, celle de la solidarité est immuable même si elle a pris d’autres formes. D’autres acteurs comme l’Etat et le mouvement associatif sont entrés en scène pour perpétuer ces coutumes séculaires. Ce qui a donné plus de consistance à une journée qui a de multiples dimensions.
F. D.

Oran 
Une pensée pour  les personnes impactées par  le coronavirus

La célébration de la fête d’Achoura intervient cette année dans un contexte spécial marqué par un élan de solidarité en faveur des familles nécessiteuses, notamment celles affectées par les mesures de confinement sanitaire imposées par la lutte contre l’épidémie de covid-19.  Ainsi, de nombreux bienfaiteurs, commerçants et chefs d’entreprise et même de simples salariés ont octroyé leur zakat aux personnes touchées par la crise et aux familles démunies. En effet, traditionnellement, l’Achoura est d’abord la fête des pauvres. Chaque année, ce sont des milliers de ménages qui attendent ce jour avec impatience. Ce rituel religieux est aussi une occasion pour les démunis et les familles pauvres de faire valoir leurs droits auprès des riches, conformément à la prescription islamique. « Personnellement, cette année, j’ai eu une pensée particulière aux gens qui ont perdu leur boulot à cause de cette crise. Je connais deux mères de famille qui travaillaient, avant le confinement, dans des restaurants et qui, du jour au lendemain, elles se sont retrouvées sans revenu et ce n’est que grâce aux aides de l’Etat et celles des associations caritatives qu’elles ont pu subvenir aux besoins de leurs enfants. Et donc, moi et certains de mes confrères commerçants du quartier, nous leur avons remis directement notre zakat », confie le propriétaire d’un magasin de quincaillerie.  Naima A., une employée d’un salon de coiffure âgée de 35 ans, à Belgaïd à l’est d’Oran, affirme avoir subi le chômage pendant près de quatre mois. C’est la première fois qu’elle reçoit de la zakat d’Achoura qui lui a été remise par la propriétaire du salon où elle a repris son activité ainsi que par des membres de sa famille. Par ailleurs et pour une grande partie des familles oranaises, Achoura est, d’abord, un rendez-vous culinaire où les plus célèbres recettes traditionnelles s’invitent à garnir la table du grand repas familial, le soir. Les prémices de cette fête se font sentir des jours avant, notamment dans les grands marchés populaires d’Oran. Ainsi depuis quelques jours, certaines boucheries dans le marché des Aurès (ex-la Bastille) proposent à leurs clients des coqs, spécialement pour l’occasion. Car il faut savoir que dans la région de l’Oranie, beaucoup de familles soucieuses de préserver la vieille tradition, achètent un coq qu’elles égorgent à la maison. A Oran, le coq et le rougag (feuilles en pâte) sont les stars des repas traditionnels associés à cette fête chez la plupart des familles. Pour d’autres, c’est plutôt el berkoukess bel osbane (la panse farcie). Al Achoura, c’est aussi une occasion pour se réunir en famille autour d’une table commune et partager un repas traditionnel dans une ambiance conviviale. L’Achoura est aussi l’occasion pour de nombreuses familles pour visiter les cimetières ainsi qu’aux personnes âgées parmi leurs proches. Dans les quartiers populaires, Al Achoura se fête collectivement. De nombreuses familles dans ces quartiers habitent dans des grands haouchs (maison collective ancienne) qu’elles transforment, pour l’occasion, en lieux de regroupement des voisins, à qui on offre le couscous préparé par les maîtresses de maison. D’autres préfèrent le maârouf qu’elles distribuent dans les mosquées ou dans les centres d’accueil des personnes âgées, mais pour des raisons liées au contexte de l’épidémie de coronavirus, cette tradition est à exclure cette année. Et comme chaque année, le grand élan de solidarité qui se manifeste pendant cette journée est souvent parasité par les agissements des faux mendiants qui se frottent les mains à pareille occasion.
Amel Saher

Béjaïa
Une tradition de solidarité

La fête de l’Achoura, qui coïncide avec le dixième jour de l’an hégirien (mois de Moharrem) est célébrée par les populations de la wilaya de Béjaïa avec beaucoup d’attention et de ferveur dans un climat purement religieux. Partout à travers l’ensemble des communes, cette tradition est célébrée selon les us et coutumes des habitants. Dans la vallée de la Soummam et les localités sahel de la wilaya, Achoura ou Taachourt est une journée très importante de par sa valeur religieuse, qui consiste avant tout à observer le jeûne durant cette journée et qui peut même s’étaler sur deux jours (9e et 10e jours de Moharrem). Cette occasion permet également le rapprochement des liens familiaux, la consolidation des traditions ancestrales entre les grands et petits, et surtout, l’instauration du pardon entre les personnes. Les vielles femmes se basent surtout sur l’aspect de cette fête qu’elles considèrent et qui mérite beaucoup d’attention. L’aspect culinaire de cet événement est marqué dans les régions de Béjaïa par la préparation des plats de couscous et berkoukes arrosés d’une sauce riche en légumes, courgette, haricots secs tachés de points noirs appelés ''loubia lakvayal'' avec du piment et garnis de morceaux d’Akhelih, Achelouh ou akadid, morceaux de viande pris du mouton sacrifié le jour de l’Aïd El Kébir qu’on recouvre de sel et qu’on laisse sécher. Un plat traditionnel que les citoyens mangent au diner de la veille de cette journée. Certaines familles préparent également la rechta avec une sauce blanche garnie de navet et pois chiche et des morceaux de poulet. Les friandises et sucreries garnissent aussi la table familiale, et certaines femmes bougiotes préparent des beignets (lasfenedj ou lakhefaf) ou des plats de temmina à base de semoule de blé ou de karoub qu’elles distribuent aux voisines. Mais ce qui est marquant dans les villages c’est l’organisation de la Waâda de Taachourt, appelée également «Zarda» ou «Timecheret» et qui consiste à sacrifier quelques veaux et à débiter la viande en morceaux égaux afin de les distribuer à toute la population du village, particulièrement aux nécessiteux. De même, des repas collectifs sont organisés dans les douars et les zaouïas des villages où les citoyens qui fêtent dignement cet événement se rassemblent pour manger ensemble le couscous dans une ambiance conviviale. En Kabylie, les traditions de l’Achoura sont omniprésentes dans chaque famille. Dans beaucoup de foyers la fête de l’Achoura marque des traditions bien ancrées où les femmes coupent des touffes de leurs cheveux, mettent le henné et s’abstiennent d’exécuter les travaux domestiques comme la couture ou le lavage des vêtements pour éviter, dit-on, la tremblote des mains une fois ayant atteint l’âge avancé. Dans les mosquées, des séances de récitation des versets du Saint Coran regroupaient les fidèles autour des imams, qui les exhortaient à la purification des cœurs par la charité, la compassion également par des dons aux plus démunis. Les riches se solidarisent avec les pauvres en offrant la Zakat. Une action de bienfaisance qui consiste à soustraire un taux de 2,5% du nissab au terme d’une année, sur toute valeur financière en possession des personnes aisées, que ce soit en argent, en offres commerciales ou marchandises, et qui est fixée cette année par le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs à un montant de 705.500,00 DA. Les riches répartissent le montant du pourcentage dégagé sur plusieurs personnes nécessiteuses. La Zakat est également ramassée par les mosquées et zaouïas et dont la collecte sera consacrée à la réhabilitation et la réfection des édifices religieux ou la réalisation des projets socioculturels des villages. Il va sans dire que l’Achoura demeure pour toujours une fête qui allie la vie spirituelle et l’aspect festif qui est observé dans tous les foyers des populations de la Soummam et des autres localités de la wilaya. Cette année, la célébration de la fête de l’Achoura coïncide avec la situation sanitaire de propagation de la pandémie de la covid-19, qui nécessite encore des mesures préventives strictes lors des visites et regroupements familiaux, particulièrement dans les zones rurales où la tradition est plus ancrée.
Mustapha Laouer

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