dimanche 27 septembre 2020 23:52:38

L'ambassadeur du Vietnam , M. Nguyen Thanh Vinh : « Un grand potentiel d’échange et de coopération existe entre les deux pays »

Dans cette interview réalisée à l’occasion du 75ème anniversaire de la fête nationale du Vietnam, son nouvel ambassadeur en Algérie revient sur ses priorités dans la période à venir.

PUBLIE LE : 25-08-2020 | 0:00
D.R

Dans cette interview réalisée à l’occasion du 75ème anniversaire de la fête nationale du Vietnam, son nouvel ambassadeur en Algérie revient sur ses priorités dans la période à venir. Elles consistent en premier lieu, dira M. Nguyen Thanh Vinh en le renforcement de « l’échange et la fourniture d’informations sur la situation politique, économique, sociale et culturelle de chaque pays ».

Interview réalisée par Nadia Kerraz

El Moudjahid : Le 2 septembre le Vietnam fêtera son 75 ème anniversaire. Quel chemin parcouru depuis le 2 septembre 1945. Quel est le secret de cette réussite ?

Nguyen Thanh Vinh : Le 2 septembre 1945, dans la capitale Hanoi, le Président Ho Chi Minh a solennellement proclamé l’indépendance du Vietnam et l’établissement de la République Démocratique du Vietnam - le premier État démocratique indépendant en Asie du Sud-Est. Juste après son indépendance, le jeune Vietnam a dû s’engager dans une guerre sanglante et féroce qui a duré de 1945 à 1975 contre le colonialisme et l’impérialisme pour protéger son indépendance et réunifier le pays. Tout au long de sa lutte contre l’invasion étrangère, le Vietnam a remporté de nombreuses victoires glorieuses qui sont devenues une source d’encouragement et d’inspiration pour les peuples opprimés, contribuant activement au mouvement de libération nationale dans le monde et à l’éradication du colonialisme. De 1976 jusqu’à présent, le peuple vietnamien s’est engagé dans la cause de reconstruction du pays tout en développant l’économie et protégeant l’intégrité du territoire nationale. Pendant 75 ans de luttes ardues avec de nombreux sacrifices pour maintenir l’indépendance nationale, réunifier le pays et développer son économie, le Vietnam a toujours reçu le soutien et l’aide précieux de la part des peuples d’autres pays, y compris le peuple algérien. Grâce à cette aide, le Vietnam a acquis de grandes réalisations, en particulier dans le développement économique et l’intégration internationale ces dernières années. D’un pays féodal arriéré, dominé et divisé par les envahisseurs étrangers, le Vietnam s’est libéré et devenu un pays indépendant, réunifié avec un État démocratique populaire basé sur la primauté du droit. Après plus de 30 ans du renouveau, l’économie du Vietnam s’est transformée d’une économie planifiée sous-développée en une économie de marché dynamique et ouverte sur le marché international. Le Vietnam a enregistré des progrès remarquables dans son développement économique avec un taux moyen de croissance du PIB de près de 7% par année tout au long de ces 30 dernières années. D’un pays qui était parmi les 40 pays les plus pauvres dans le monde et qui devait importer presque tout avec une forte dépendance de l’aide étrangère, le Vietnam est devenu, aujourd’hui, l’un des premiers pays exportateurs mondiaux de plusieurs produits et se place parmi les pays à revenu intermédiaire. Outre le développement économique, le Vietnam a aussi prêté une attention particulière au développement social, en consacrant un tiers du montant total destiné au développement social à la réduction de la pauvreté, au développement des ressources humaines et de l’éducation-formation et des sciences - technologies, ainsi qu’à l’assurance de la santé de la population et au développement de la culture. Le Vietnam a réussi alors à assurer le bien-être social, à améliorer nettement les conditions de vie de sa population et à gagner une place parmi les pays en tête dans la réduction de la pauvreté, selon les statistiques de l’Organisation des Nations Unies. Sur le plan des relations extérieures, le Vietnam poursuit avec persévérance sa politique d’indépendance, de paix, d’amitié avec d’autres pays, de multilatéralisation, de diversification des relations internationales et d’intégration régionale et mondiale. Le Vietnam est devenu membre de presque toutes les organisations et institutions internationales importantes. Il a également établi des relations diplomatiques avec 189 pays, et entretenu des relations économiques et commerciales avec plus de 230 pays et territoires ce qui rend le prestige et la position du Vietnam sur la scène internationale de plus en plus renforcés. Une telle réussite a été possible grâce aux éléments suivants : (i) la transition progressive d’une économie planifiée à une économie de marché à orientation socialiste avec de nombreux secteurs différents, parmi lesquels l’économie privée joue un rôle de plus en plus important dans l’économie nationale; (ii) renforcement de l’attraction des investissements étrangers afin de créer des ressources financières supplémentaires pour le développement du pays, créer des emplois, produire des biens pour remplacer ceux qui sont importés et passer progressivement à l’exportation; (iii) expansion progressive de la coopération économique internationale avec les pays de la région et du monde entier, étroite à une large intégration économique internationale; de l’intégration en largeur à profondeur; (iv) promotion de l’investissement, l’industrialisation, la modernisation et la transformation progressive de la production agricole de l’autosuffisance à l’agriculture des produits sur la base de l’encouragement de la production des ménages, de petites et moyennes entreprises, des entreprises privées. Cependant, nous sommes également conscients d’un certain nombre de problèmes et de limites du développement socio-économique actuel au Vietnam, tels que l’écart entre les riches et les pauvres dans la société, de nombreux problèmes dans la protection de l’environnement, en particulier dans les grandes villes et les villages artisanaux traditionnels et les effets négatifs du changement climatique comme la sécheresse, l’intrusion d’eau salée, et les inondations.

Q : Excellence vous êtes en poste en Algérie depuis janvier 2020. Quelle évaluation faites-vous de votre travail durant ces premiers mois et qu’elles ont été vos priorités ?

R: J’ai eu la chance de venir assumer mes fonctions en Algérie au moment où l’Algérie avait terminé ses élections présidentielles avec le nouveau président Abdelmadjid Tebboune. Sur la base d’une compréhension claire des aspirations du peuple algérien, le président Tebboune a introduit une série de réformes radicales et drastiques visant à construire une Algérie nouvelle qui rompt complètement avec les habitudes et pratiques passées et se concentre sur le bien- être du peuple. Je crois qu’avec un pays riche en potentiel et géographiquement favorable, le gouvernement et le peuple algériens réaliseront d’importants progrès dans la réforme actuelle du pays.Peu après mon arrivée à Alger, j’ai eu l’occasion de présenter au président Abdelmadjid Tebboune mes lettres de créances et d’avoir ensuite des audiences avec les responsables de certains ministères, organisations ainsi que d’autres rencontres avec plusieurs algériens. Au cours de ces rencontres, j’étais très impressionné par les sentiments proches que le peuple algérien réserve au peuple vietnamien. Je trouve que l’histoire du développement politique, économique et social de l’Algérie et du Vietnam partage plusieurs similitudes. Je vois aussi le grand potentiel d’échange et de coopération entre les deux pays dans tous les domaines. La question qui se pose actuellement est comment faire pour que les dirigeants, les entreprises et la population de chacune de nos pays comprennent les avantages et les besoins de chaque partie afin de trouver des formes de coopération appropriées pour que les deux parties puissent en profiter et bénéficier. Toutefois, je dois préciser que les mesures nécessaires prises pour endiguer l’épidémie du coronavirus telles que la distanciation sociale, la restriction des rassemblements et le confinement ne m’ont pas permis de rencontrer et de contacter les ministères, les localités ainsi que toutesles couches sociales en Algérie comme prévu, et c’est également le cas de tous les diplomates même dans d’autres pays.

Mes priorités dans la période à venir sont en premier lieu de renforcer l’échange et la fourniture d’informations sur la situation politique, économique, sociale et culturelle de chaque pays pour que les ministères, secteurs, localités, populations et entreprises des deux pays comprennent davantage les potentiels et les avantages de chaque pays, créant ainsi les opportunités de coopération, d’affaires et d’investissement entre les deux parties; de promouvoir l’échange de délégations, en particulier les délégations de haut rang et les contacts directs entre les ministères, les secteurs et les localités des deux pays pour échanger les opportunités de coopération, partager des expériences sur des sujets d’intérêt commun, notamment ceux dans les domaines tels que le développement économique, l’intégration économique internationale, la prévention et la lutte contre le terrorisme; d’améliorer des formes de communication et d’interaction entre les ministères, les entreprises, les chercheurs et les scientifiques, les étudiants dans les domaines de l’économie, de la culture, de la science et de la technologie, des sports, du tourisme et de la santé; d’exhorter aussi les ministères et organes concernés des deux parties à renforcer les échanges, les discussions et à signer des accords de coopération dans les domaines tels que l’économie, le commerce, l’investissement, la science et la technologie, l’agriculture, le transport, la banque, la culture et le tourisme, visant à créer un cadre juridique de coopération et d’échange entre les deux pays dans ces domaines.

Q : La coopération économique entre l’Algérie et le Vietnam reste en deçà de ce que la qualité des relations politiques permet d’espérer. Pourquoi selon vous ?

R : À mon avis, la coopération économique entre l’Algérie et le Vietnam n’est toujours pas à la hauteur des relations politiques pour plusieurs raisons que l’on peut citer ici: Premièrement, l’une des principales raisons est le problème du manque d’informations et de compréhension du marché dans chaque pays. Comme vous savez, pour faire des affaires, des investissements, des voyages dans un autre pays, les entreprises ou les gens ont besoin d’informations et de renseignements sur les produits commerciaux, l’environnement des affaires, les conditions climatiques, la nature et ses habitants, l’histoire, la culture et les habitudes de consommation des populations dudit pays… Deuxièmement, le contact direct et l’échange entre les ministères, les secteurs, les localités, les entreprises et les personnes dans chaque domaine n’a pas été établi ou n’a pas été entretenue de manière continue et étroite, ce qui fait que l’échange d’informations, la consultation, la mise en œuvre de plans et d’accords de coopération entre les deux parties ne sont toujours pas mis en œuvre efficacement. Troisièmement, le manque d’un accord entre les deux pays pour encourager et protéger les intérêts légitimes des entreprises et des investisseurs dans chaque pays, ainsi que d’un mécanisme pour régler efficacement les différends économiques et commerciaux. À ma connaissance, l’établissement de tels accord bilatéral et mécanisme de règlement stimuleront des entreprises d’un pays de venir faire des affaires dans l’autre pays.

Q : Les obstacles à cette ambition ont-ils été identifiés ?

R : Je peux identifier certains de ces obstacles que, selon moi, je vois qu’ils limitent la promotion des relations économiques entre nos deux pays. D’abord, le manque de connaissances et d’informations sur la situation du développement économique et social, des atouts de l’économie, du commerce et du marché de chaque pays. Ensuite, l’absence de contacts et des relations directs et réguliers entre les ministères, les secteurs, les localités et les entreprises des deux pays. Nous constatons alors qu’un certain nombre d’accords entre les deux parties ont été signés, mais la mise en œuvre n’en a pas été comme prévu tant que les deux parties n’ont pas encore eu les formes ou les mesures pour la réaliser. Puis, il n’existe pas de mécanisme permettant de résoudre les divergences ou les incohérences entre les deux pays en ce qui concerne les dispositions de la loi, les politiques dans chaque domaine ainsi que la structure organisationnelle d’Etat et les réglementations sur les procédures administratives pour faciliter les investissements et l’entrepreneuriat des deux pays. Enfin, la distance géographique, les différences culturelles et linguistiques constituent plus que tout des barrières majeures à la promotion de nos relations économiques que les deux parties doivent briser afin qu’elles se hissent à la hauteur de la qualité de nos relations politiques.

Q : Quelles sont les conditions à réunir pour donner à ces relations l’élan souhaité par les dirigeants politiques des deux pays ?

R : Pour moi, il existe un certain nombre de conditions que le gouvernement et le peuple des deux pays pourront remplir dans les temps à venir pour élever davantage les relations économiques au niveau des relations politiques entre le Vietnam et l’Algérie, par exemple de renforcer l’échange et la fourniture d’informations sur la situation politique, économique, sociale et culturelle de chaque pays pour que les ministères, secteurs, localités, populations et entreprises des deux pays comprennent davantage les potentiels et les avantages de chaque pays, créant ainsi les opportunités de coopération, d’affaires et d’investissement entre les deux parties; et aussi de promouvoir l’échange de délégations, notamment les délégations de haut rang et les contacts directs entre les ministères, les secteurs et les localités des deux pays pour échanger les opportunités de coopération, partager des expériences sur des sujets d’intérêt, en particulier ceux dans les domaines tels que le développement économique, l’intégration économique internationale, la prévention et la lutte contre le terrorisme; améliorer des formes de communication et d’interaction entre les entreprises, les chercheurs et les scientifiques, les étudiants dans les domaines de l’économique, de la culture, de la science et de la technologie, des sports, du tourisme et de la santé; de plus d’exhorter les ministères et organes concernés des deux parties à renforcer les échanges, les discussions et à signer des accords de coopération dans les domaines tels que l’économie, le commerce, l’investissement, la science et la technologie, l’agriculture, le transport, la banque, la culture et le tourisme, visant à créer un cadre juridique de coopération et d’échange entre les deux pays dans ces domaines; et finalement d’encourager et de promouvoir l’établissement de relations directes, notamment par le biais des contacts en ligne, entre les ministères, les localités, les entreprises des deux pays pour discuter et parvenir à la signature des conventions de coopération dans les secteurs économiques.

Q : Dans quels domaines l’Algérie peut tirer profit de l’expertise vietnamienne ?

R : Comme je l’ai mentionné ci-dessus, en raison de l’historique du développement des deux pays, le Vietnam et l’Algérie partagent de nombreuses similitudes. En fait, le développement économique de l’Algérie d’aujourd’hui est très similaire à celui du Vietnam en 1990. Ces similitudes consistent en l’importation des produits alimentaires et des biens de consommation, une économie très centralisée et la subvention de l’État pour de nombreux domaines comme la santé, l’éducation, le logement et de nombreux biens et services de base. Pourtant, l’Algérie possède également de nombreux atouts que le Vietnam n’a pas tels que de vastes terres, de grandes ressources, en particulier du pétrole et du gaz ainsi que des minéraux. En plus, l’Algérie n’est pas un pays à faible revenu ou sous embargo comme l’était le Vietnam au début de la mise en œuvre de sa politique de renouveau (1986). Personnellement, je pense que le Vietnam a un certain nombre d’expériences et de pratiques de développement économique expérimentées auxquels l’Algérie peut se référer, citons: (i) la transition progressive d’une économie planifiée et centralisée vers une économie de marché avec de nombreux secteurs, parmi lesquels le secteur privé joue de plus en plus un rôle important dans l’économie du pays; (ii) le renforcement de l’attraction des investissements étrangers afin de créer des ressources financières supplémentaires pour le développement du pays, créer des emplois, produire des biens pour remplacer les produits importés et passer progressivement à l’exportation; (iii) l’expansion progressive de la coopération économique internationale avec les pays de la région et du monde entier, étroite à une large intégration économique internationale; de l’intégration en largeur à profondeur; (iv) la promotion de l’investissement, l’industrialisation, la modernisation de la production agricole, la transformation progressive de la production agricole de l‘autosuffisance à l’agriculture des produits de rente sur la base de l’encouragement de la production des ménages, de petites et moyennes entreprises, des entreprises privées.

Q : Un potentiel énorme existe autant en Algérie qu’au Vietnam. Comment les opérateurs algériens peuvent accéder au marché vietnamien ?

R : Le Vietnam est un grand marché avec une population de près de 100 millions d’habitants et une économie ouverte ayant des relations commerciales avec plus de 230 pays. La valeur des échanges commerciaux du Vietnam en 2019 a atteint 514 milliards USD. La demande de l’importation des biens de consommation, des fruits de toutes sortes ainsi que de produits agricoles, de matières premières pour la production nationale est également énorme et diversifiée. La demande de consommation et de voyage des vietnamiens n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Par conséquent, il existe de nombreuses opportunités pour les entreprises algériennes d’accéder au marché vietnamien. Tout d’abord, les entreprises algériennes doivent travailler à la recherche des informations sur le marché vietnamien, particulièrement les informations relatives aux marchandises d’importation et d’exportation, les prix et les réglementations techniques pertinentes du Vietnam pour trouver les entreprises avec lesquelles elles pourront échanger et les articles qu’elles les intéressent. Et puis, elles doivent établir, maintenir et développer des relations directes, surtout à l’ère numérique actuelle, avec des opérateurs vietnamiens pour échanger les informations, capter les besoins des marchés vietnamiens et régionaux ainsi que présenter les opportunités de coopération commerciale, d’investissement et de production. Les entreprises vietnamiennes s’intéressent aux produits phares de l’Algérie tels que la datte, l’huile d’olive, le caroube, le pétrole brut, le gaz… Pour établir des relations d’affaires, il conviendrait que les exportateurs algériens organisent souvent des missions de promotion commerciale au Vietnam et qu’ils participent plus activement aux événements commerciaux internationaux tels que Vietnam Expo (en avril et en décembre), Vietnam Food Expo (novembre) etc… Dans ce contexte de pandémie Covid-19, ils peuvent tenir des visio-conférences avec des partenaires vietnamiens avec l’aide des chambres de commerce, des agences de promotion commerciale, etc. En somme, il me semble qu’il est important d’établir et d’entretenir régulièrement des relations directes entre les entreprises et les investisseurs des deux pays.

N. K.

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