lundi 28 septembre 2020 00:10:51

Congrès de la Soummam : Une stratégie contre l’ennemi

Une lutte héroïque contre le colonialisme

PUBLIE LE : 23-08-2020 | 0:00
D.R

La guerre de Libération nationale est une page d’or dans l’histoire de l’Algérie. Après le déclenchement de la guerre, en novembre 1954, contre l’occupant et deux années de lutte avec des moyens rudimentaires, la lutte armée a nécessité une organisation et une stratégie militaires pour contrer efficacement l’ennemi ; cela était devenu plus que nécessaire.

C’est à partir de cette idée que fut organisé le congrès de la Soummam, le 20 août 1956 à Ifri Ouzellaguène, en plein cœur de vallée de la Soummam. C’est un moment décisif de la guerre de Libération. C’est en effet à cette réunion qu’ont été édictés les grands axes structurant l’organisation de la Révolution, ainsi que les modalités d’organisation administrative et militaire du mouvement de Libération. «Le congrès de la Soummam a été bien préparé depuis des mois. Nous avons voulu adopter une méthode réfléchie pour contrer l’ennemi et lui montrer que les moudjahidine sont déterminés à mener une guerre pour recouvrer l’indépendance de l’Algérie. Ce congrès nous a donné ce formidable sentiment que nous avions déjà d’un État», dit le moudjahid Si Meziane Sadki, qui a été chargé d’assurer la garde sur le lieu du congrès. La stratégie mise en place par les dirigeants de la révolution armée a prouvé que la guerre nécessite impérativement un plan d’action à mettre en œuvre pour affronter l’armée coloniale. Il fallait s’organiser sur le terrain et occuper rationnellement le territoire, où la présence coloniale s’affiche plus dense afin d’infliger plus de pertes à l’ennemi, mais surtout mettre en échec toutes ses tentatives de représailles sur les populations innocentes.

Une lutte héroïque contre  le colonialisme

Ainsi, cet événement historique a permis de mettre en place une plateforme pour poursuivre héroïquement la lutte contre le colonialisme et qui a permis surtout à l’Algérie de poursuivre le combat pour recouvrer son indépendance et sa souveraineté nationales. La tenue du congrès constitue incontestablement l’une des pages les plus glorieuses de la lutte armée menée par le peuple. Certes, le choix du village Ifri, situé à 8 km de la commune d’Ouzellaguène, au milieu de la forêt, n’est pas fortuit, mais il a été minutieusement étudié. Au début, les préparatifs et le choix du lieu furent orientés vers la région des Bibans entre Béjaïa et Bordj Bou-Arréridj, et précisément à la Kalaâ Béni Abbès, une localité d’Ighil Ali, car la présence française était moins importante.
Mais, suite à la découverte par l’ennemi de documents se rapportant à la tenue du dit congrès transportés sur la mule qui s’est égarée et réfugiée dans une ferme de colons, l’armée coloniale a déployé toutes ses troupes le long des monts des Bibans sans pour autant déserter la vallée où le colonel Amirouche avait une  renommée pour la méthode d’organisation de ses troupes dans cette région. Dès que les forces coloniales se sont concentrées sur cette région de l’est du pays, le colonel Amirouche a choisi Ifri offrant une facilité de repli des moudjahidine en cas de danger, et ce malgré une forte présence des troupes coloniales sur l’axe de Tazmalt à Béjaïa. À l’approche de la tenue du congrès, qui a nécessité une préparation minutieuse de la part des moudjahidine, les villages d’Ifri et de Tiouririne connurent une présence et une activité intense des troupes de l’Armée de libération nationale. Une surveillance rigoureuse de tous les villageois était mise en place. D’ailleurs, les villageois ignoraient totalement ce qui se passait dans leur propre village. À quelques jours de la tenue du congrès, l’ALN avait chargé les militants de la région de demeurer très vigilants et d’informer les moudjahidine de tout mouvement suspect des personnes étrangères au village. Chaque crête était surveillée, dans chaque ravin était posté un moudjahid, tandis que les femmes poursuivaient leurs tâches domestiques, à savoir préparer la nourriture qui sera acheminée vers le maquis. À partir du 11 août 1956, les chefs de la Révolution des différentes zones ont commencé à arriver à Ouzellaguène en parcourant plusieurs kilomètres à pied à travers les montagnes et forêts denses. Sur place, il fallait repérer un lieu plus sécurisé et difficile d’accès pour se rassembler et définir les grandes lignes de cette réunion. Après une longue et minutieuse inspection des lieux, la maison de Da Meziane, constituée de deux pièces isolées et cachée par une chaîne de figuiers, a été choisie pour abriter les travaux de ce congrès. Un lieu idéal et sécurisé pour accueillir les organisateurs. Les travaux se sont déroulés du 13 au 22 août, soit plus d’une semaine, et non le 20 août uniquement. Les réunions du congrès ont été achevées par les dirigeants présents le 20 août 1956. C’est la date historique. Il fallait attendre la signature des documents. Donc une fois la cérémonie d’ouverture organisée, les travaux des jours suivants se sont poursuivis à Tiouririne. La maison de Da Meziane servait de secrétariat du congrès où tous les rapports manuscrits devaient être acheminés pour être saisis avec deux petites machines dactylographiques. Les trois dactylographes, Tahar Amirouchène, Rachid Adjaoud et Hadi Ouguergouz, âgés à peine de 18 ans, étaient confinés dans une minuscule chambre et isolés de l’entourage, et ne savaient rien de ce qui se passait de l’autre côté du mur de la pièce. Les procès-verbaux manuscrits sont ramenés par le colonel Amirouche et Mohamedi Saïd. Une fois saisis, les mêmes personnes les reprenaient. Le 22 août, les chefs de la Révolution se sont regroupés à nouveau dans cette maison, pour parachever les documents, puis c’est au village Imaghdacène, où se trouvait le PC d’Akfadou, que les documents ont été ronéotypés et remis à chaque congressiste. L’organisation de l’ALN est définie et les objectifs de la Révolution sont clarifiés. Alors que tous les congressistes ont déjà rejoint leurs zones respectives, l’armée française, ayant appris la nouvelle, s’est lancée dans une répression farouche sur les villageois d’Ifri et des douars environnants.
Le bilan s’est alourdi en quelques jours, des maisons détruites, plusieurs morts et des arrestations ont eu lieu à travers les 14 villages de la commune.    
Mustapha Laouer
 

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