mardi 22 septembre 2020 18:42:06

Entretien avec le romancier Khaled Boudaoui autour de son roman Paria d’hier, notable d’aujourd’hui : «Dénoncer l’injustice et les inégalités»

La littérature algérienne reflète la complexité, la diversité et la richesse de l’histoire du pays, de son patrimoine et de sa culture

PUBLIE LE : 08-08-2020 | 0:00
D.R

La littérature algérienne reflète la complexité, la diversité et la richesse de l’histoire du pays, de son patrimoine et de sa culture. Elle est devenue matière intarissable où l’engagement n’ôte rien à l’originalité d’une écriture qui s’affirme, se renouvelle, perpétue la précédente et s’enrichit avec le temps,  grâce à une génération d’auteurs qui ont marqué leur temps et qui continuent de le faire, mais aussi grâce à une jeune génération qui reprend le flambeau, à l’instar du jeune auteur romancier à la plume singulière et au parcours atypique, Khaled Boudaoui, qui se fixe l’objectif de contribuer au développement de la culture de son pays et de sa littérature.

Né à Oran en 1980, l’auteur a à son actif  deux romans : le premier «Vivre en deux moi», paru l’an dernier chez les Editions Nombre7, en France, et le second, le nouveau roman intitulé  «Paria d’hier, notable d’aujourd’hui» de 112 pages, paru le mois de juillet dernier, qui retrace la vie et le vécu de milliers de jeunes Algériens qui sont représentés dans le personnage de Tayeb, qui n’a pas eu la vie facile et que son entourage ne fait qu’enfoncer dans les turpitudes de la vie. Une existence de misère, sous les insultes incessantes et les coups de plus en plus forts.
Ces raisons et bien d’autres ont amené les jeunes Algériens à s’aventurer dans un milieu qui leur donne l’image d’une vie au paradis et qui s’est révélé être un refuge de «terroristes». Khaled a vraiment su toucher un point très sensible et important de notre société, notamment un vécu réel et amer de celle-ci durant la décennie noire. Les raisons qui ont conduit des jeunes vers le terrorisme sont multiples, mais il existe toujours une goutte qui fait déborder le vase. Pour Tayeb, c’est qui un geste de défense qui vire à la tragédie et le pousse à trouver refuge chez les seuls capables de l’accepter : les terroristes. C’est ainsi que commence la nouvelle vie de Tayeb et de milliers d’autres Algériens dans son cas, faite de sang et de larmes…  
Contacté par la rédaction d’El Moudjahid, Khaled Boudaoui a eu l’amabilité de répondre à nos questions sans ambages ni détour.
Nous vous laissons le soin de découvrir. le parcours du jeune écrivain, et surtout, son amour pour la littérature et l’écriture, ainsi que ses  motivations à s’investir dans l’écriture francophone.

El Moudjahid : Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs qui ne vous connaissent pas encore, ainsi que votre parcours ?
Khaled Boudaoui : Je suis natif d’Oran. Sociologue de formation, je suis marié et père de deux enfants. J’ai été longtemps journaliste dans la presse écrite arabophone. Mon parcours n’était pas limité à la presse écrite, j'avais créé une web-radio «Murdjajo FM» pour me rapprocher de plus des gens avec diverses émissions sociales et culturelles. Je suis aussi chercheur dans le patrimoine immatériel. En 2018, j’ai commencé, moi l’arabophone, à écrire avec  la langue de Molière. Cette conversion a été déclenchée  suite à un défi. 

Votre dernier roman «Paria d'hier, notable d'aujourd'hui» vient de sortir récemment en France et bientôt en Algérie. Pouvez-vous nous donner plus de détails sur ce roman? Est-ce une histoire inspirée du réel ou est-ce de l'imaginaire ? Qu’en est-il des personnages ?
Mon roman est sorti chez Nombre 7 Editions ; c’est un  roman de  fiction, mais beaucoup de personnes peuvent s’y retrouver à travers l’histoire. Il s'agit d'une histoire imaginaire inspirée d’une chronologie d’évènements passés en Algérie et modelés à ma manière. L’histoire du passage du monde obscur à la vie sous les projecteurs. Un jeune qui, suite à un geste de défense, trouvera refuge chez les terroristes.
Tous les personnages demeurent bien évidemment imaginaires, mais au fond, ils représentent «tous» la souffrance et les turpitudes de la vie. 

D'où vous est venue l'idée, l'envie d'écrire ce nouveau roman ?
Toutes mes idées viennent de la société.  Après mon premier roman, j’ai reçu beaucoup de réactions positives et d’encouragements, que ce soit dans les réseaux sociaux ou lors des ventes-dédicaces organisées en France ou en Algérie. Cet amour des gens est inégal, alors je me suis dit : rien ne vaut cette passion, je continue à donner aux lecteurs ce qu’ils aiment lire. Et je ne crois pas que j’arrêterai l’écriture tant que je suis en vie... En tout cas, je l’espère.

Ce livre est né dans une période de crise sanitaire que vit le monde entier. Est-ce le moment propice pour ? Ou est-ce fait exprès pour accompagner les gens dans leur confinement ?
Publier le roman dans cette période, c’est le choix de l’éditeur, selon son programme. Le plus important pour moi, c’est la fin de cette pandémie qui a paralysé le monde entier. Rester à la maison n’a jamais été facile, donc j’espère que mon roman aidera les esprits à s’apaiser.

 Dans tout roman, il y a le sujet apparent et le sujet profond. Quel est le sujet profond de «Paria d’hier, notable d'aujourd’hui». Le message...
 Le message est clair dans le roman : c’est dénoncer l’injustice et les inégalités dans la société dans tous les domaines.

Que représente l’écriture pour vous ?
Pour moi, elle est à la fois un besoin et un loisir. C’est un moyen pour soulager mes peines et un espace pour m’exprimer.

L'écriture est-elle chez vous une seconde peau ? Êtes-vous constamment en éveil ? Prenez-vous beaucoup de notes ? Vous astreignez-vous à une régularité ?
On peut dire que l’écriture devient ma première préoccupation depuis mon premier roman «Vivre en deux moi» ; j’ai signé un pacte avec le monde de l’écriture, j’ai toujours souhaité laisser ma trace dans cette vie tout en offrant quelque chose à mes enfant, et pourquoi pas aux générations qui nous succèdent. L’écriture, c’est tellement beau que je ne souhaiterais plus jamais m’éloigner de cette belle expérience.

Rédigez-vous un plan à l'avance ou laissez-vous courir vos doigts sur le clavier ?
 Quand je me connecte avec l’autre «moi», je me laisse guider par la danse de mes doigts sur le clavier ; je leur fais confiance car ce que j’écris sort du cœur qui est connecté à mon cerveau de façon harmonieuse.

Êtes-vous un grand lecteur ? Quels sont les livres qui vous ont façonné, et quels
sont ceux qui vous accompagnent aujourd'hui ?
 Je peux lire un à deux livres par mois. De Maupassant à Flaubert, les classiques de la littérature française, mais je cherche toujours à diversifier en optant pour d’autres romanciers, surtout algériens.

Vous avez publié plusieurs ouvrages sur des thèmes différents, adoptant plusieurs genres littéraires. En général, quelles sont vos sources d'inspiration ?
Comme je vous l’avais déjà dit, mon inspiration sort du quotidien de l’Algérien, que ce soit du vécu ou des faits divers. N’oubliez pas que ma génération a vécu plusieurs passages et changements en Algérie, que ce soit dans le domaine politique, social, culturel… Notre vie est déjà un roman avec un grand  «R ».

Que vous apporte l'écriture ?
 Une thérapie. Il faut savoir que j’ai commencé l’écriture pour combattre mon cancer. J’ai lancé ce énième défi à côté des marathons, juste pour prouver que j’existe et aussi donner de l’espoir à tous les cancéreux.   

Quelle est et quelle devrait être la place de l'écrivain dans la société, selon vous ?
Pour moi, l’écrivain ne doit pas s’éloigner de la société. Il est un acteur important dans le paysage culturel et social. Il doit participer à l’émancipation des différents acteurs de la société tout en protégeant les valeurs humaines.   
 
Selon vous, à quoi sert la littérature dans une société ?
La littérature aide à comprendre la vie, tout en contribuant au développement de la société.

À quoi attribuez-vous votre succès ?
A mes lecteurs. Pour moi, le succès d’un roman n’est pas tant dans l’écriture, mais dans sa lecture.

Qu’éprouvez-vous avant la sortie d’un roman ? Crainte, réjouissance ? Et après ?
 Quand je publie un roman, j’éprouve de la jouissance ! Mais aussi de l’impatience pour les premiers retours des lecteurs.

Etes-vous sensible à la critique littéraire ? Que pensez-vous du traitement qu’elle vous réserve généralement ?
 Il n’y a aucune façon d’éviter les critiques. J’ai fait un choix, celui d’accepter toutes les critiques pour progresser.

Si vous deviez donner deux conseils à une personne qui se met à écrire, une chose à faire dans la mesure du possible et une chose à n’absolument pas faire, qu’est-ce que vous proposeriez ?
 Les conseils ne peuvent pas être limités uniquement à deux ; le plus important pour une personne qui se met à écrire, c'est de croire en elle et en ses capacités, car ce qu'elle écrit sort vraiment d'elle. Elle doit être persévérante en essayant de viser au plus haut.
Pour ce qu'elle ne doit pas faire, ne pas  abandonner au premier échec surtout, la vie est faite de hauts et de bas, et c'est ce qui fait son équilibre... Et c'est valable pour tous les domaines.
Propos recueillis par :
Kafia Ait Allouache

 

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