lundi 28 septembre 2020 00:03:45

Procès de Drareni, Benlarbi et Hamitouche : Une peine de 4 ans de prison ferme requise

Trois personnes poursuivies pour atteinte à l’intégrité du territoire national et incitation à attroupement non armé.

PUBLIE LE : 04-08-2020 | 0:00
D.R

Trois personnes poursuivies pour atteinte à l’intégrité du territoire national et incitation à attroupement non armé.

Le représentant du ministère public près le tribunal de Sidi M’Hamed a requis hier une peine de 4 ans de prison ferme assortie d’une amende de 100.000 DA à l’encontre de Mohamed Khaled Drareni (en détention provisoire) Samir Benlarbi et Samir Hamitouche (en liberté). Ils sont poursuivis pour atteinte à l’intégrité du territoire national et incitation à attroupement non armé. Le Parquet a également requis une privation de leurs droits civiques durant 4 ans.
Le représentant du ministère public a indiqué dans son réquisitoire en fin de journée que les auditions des accusés durant le procès qui a eu lieu hier, et l’instruction judiciaire mettent en cause Khaled Drareni, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche. «Ils avaient participé à des rassemblements non autorisés le 4 mars dans la capitale ce qu’ils ont confirmé lors de leur audition «, dit-il. Il ajoute que des vidéos et publications qui incitent à l’attroupement ont été découvertes sur leurs téléphones portables et leurs comptes Facebook et mail.
«Ceux qui maîtrisent l’arabe savent qu’il s’agit bien d’une incitation», relève le procureur de la République. Le représentant du ministère public fait état des conclusions de l’expertise. «Des factures payées par des parties étrangères, notamment l’ambassade de France en Algérie. Le montant des versements qui ont duré des mois varient entre 473 et 750 euros. Il y a aussi des contacts et des correspondances avec des personnes résidant à l’étranger», indique-t-il.
L’ouverture du procès s’est déroulé hier en début d’après-midi par la Chambre correctionnelle près le tribunal de Sidi M’Hamed. Le procès de Mohamed Khaled Drareni en détention provisoire à l’établissement de Koléa a été tenu par visioconférence. Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche qui ont bénéficié de la liberté ont comparu à la barre  en présence d’une trentaine d’avocats.
Le début de l’audience a été marquée par un débat houleux. La défense demande l’annulation des procès-verbaux de la police judiciaire où sont mentionnées les perquisitions et les auditions. Me Abdellah Hebboul a relevé que le nom de l’enquêteur n’a pas été mentionné. «Les mesures de la garde à vue n’ont pas été respectées. Le certificat médical a été délivré le 29 mai alors que Hamitouche était en détention provisoire. Rien ne prouve dans le dossier, que les trois accusés étaient en garde à vue», insiste-t-il.
Un autre membre du collectif de la défense relève l’absence d’un mandat de perquisition délivré par la justice. «S’agit-il d’un délit du droit commun ou de cybercriminalité ?» s’interroge une avocate.
La présidente de l’audience, la juge Wassila Ziouche est formelle : «Le tribunal s’est assuré du respect de la procédure judiciaire. Les certificats médicaux ont été délivrés par le CHU Mustapha-Pacha.» Elle se tourne vers les accusés : « Avez vous été vus et examinés par un médecin durant la garde à vue ?» Ils ont répondu «oui». La juge a assuré que les documents seront mis à la disposition de la défense lors des débats.

Khaled Drareni :
«J’ai agi dans le cadre de mon statut de journaliste.»

Mohamed Khaled Drareni a été le premier auditionné par le tribunal. Il déclare qu’il est un journaliste libre et indépendant et qu’il a agi dans le cadre de son statut de journaliste. «J’ai couvert le hirak et mêmes les marches pro-pouvoir. Je veillais à donner une information crédible par souci de la préservation de l’intégrité du territoire national et pas le contraire. Je n’ai jamais publié des informations erronées ou infondées et j’étais toujours un journaliste neutre. Je rejette toutes les charges retenues contre moi», a-t-il déclaré.
Il assure n’avoir fait que son travail en tant que journaliste indépendant. Evoquant le contenu de son téléphone et de son compte Facebook, le magistrat l’interroge : «Les publications incitaient à la grève générale avec des expressions hostiles. Est-ce que le journaliste rapporte l’information par anticipation ?» Il répondra : «Je n’ai fait que publier des communiqués de la coordination de partis politiques agréés. J’ai fait juste le copier-coller.» «Vous dites que vous êtes un journaliste indépendant et libre alors que vous avez déclaré au juge d’instruction que vous êtes un correspondant de la chaîne TV5 Monde. Les expertises ont démontré que vous étiez payé par la chaîne France 24, notamment en janvier et février. Vous avez même protesté auprès TV5 Monde pour le retard de paiement», relève la présidente de l’audience.
Khaled Drareni répond : «Je suis un journaliste correspondant de TV5 Monde et je faisais juste des interventions sur France 24 qui étaient rémunérées.» Il est interrogé également sur le billet d’avion payé par les services de l’ambassade de France. «J’étais invité par l’ONG SOS Racisme pour animer une conférence en France sur le racisme. C’est l’ONG qui demandé au Centre culturel français en Algérie de prendre en charge les frais du voyage. Ce n’est pas l’ambassade de France», précise l’accusé. Il a également insisté sur le fait que la couverture du rassemblement de samedi à Alger-Centre s’inscrit dans le cadre de son travail de journaliste.

Samir Benlarbi :
 « J’ai toujours rejeté la violence.»

Puis c’est au tour de Samir Benlarbi d’être auditionné. Il est longuement revenu sur son parcours de militant politique depuis les années 1990. «J’ai milité au sein des partis politiques et j’ai toujours rejeté la violence et l’action armée. Je me suis également opposé au président Bouteflika exigeant le changement pacifique. Durant 30 ans, je n’étais ni arrêté ni mis en détention. Ceux qui ont ordonné mon arrestation sont aujourd’hui en prison. J’ai contribué à la chute de l’ancien régime et dans la solution politique de la crise. Je n’ai jamais appelé à la violence ou à l’attroupement. Je rejette toutes les accusations», se défend-il.

Slimane Hamitouche :
«Je n’ai pas de contact avec des parties étrangères.»

De son côté, Slimane Hamitouche a nié les faits qui lui sont reprochés : « Je suis membre actif à SOS familles des disparus. Je n’ai jamais pensé à porter atteinte à l’intégrité du territoire national. Je cherche juste la vérité sur le sort de mon père disparu durant la décennie noire.»
La juge intervient : « SOS Disparus n’a pas d’agrément et l’enquête a relevé des contacts avec des parties étrangères». Il a répondu qu’il n’a pas de contact avec des parties étrangères. Les plaidoiries se sont poursuivies jusqu’à une heure tardive de la soirée.
Neila Benrahal
 

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