lundi 03 aot 2020 23:50:05

En dépit de l’interdiction D’accès aux plages : Le littoral a toujours la cote

Interdites d’accès sur décision du wali d’Alger pour cause de confinement, plusieurs plages sont pourtant investies par des estivants sans moyens de protection, notamment en cette période de canicule et de coronavirus.

PUBLIE LE : 10-07-2020 | 23:00
D.R
Les plages sont dépourvues des simples commodités et de postes de sécurité et de la Protection civile en l’absence de maîtres-nageurs. Et pourtant des familles s’y rendent, tandis que les jeunes se rabattent sur les rochers afin d’éviter les policiers.  Les chiffres alarmants des noyades constatées par la Protection civile renseignent sur l’esprit d’insouciance qui prévaut. A cela s'ajoute la situation dans les zones d’ombre suite au gel des plans bleus au profit des enfants des régions enclavées ; sur les plages, c’est le jeu du chat et de la souris entre les baigneurs et les services de sécurité.
 
  «L’eau de mer est un désinfectant» 
 
En raison du confinement, l’accès aux plages de la capitale n’est pas autorisé, une décision qui s’inscrit dans le cadre de la lutte contre la propagation du coronavirus.
Jeudi. Il fait beau et chaud, le thermomètre atteint 38 degrés, les plages sont loin d’être désertes malgré le confinement. La tentation est trop forte pour les baigneurs, la plupart sans masque, ne respectent même pas la distanciation sociale. Il faut bien sortir pour échapper à la chaleur des quatre murs de la maison, disent-ils.
A 10h, la plage des Deux chameaux est déjà investie par des jeunes baigneurs en groupe et des pères de familles accompagnés de leurs enfants. «Les policiers viennent de quitter les lieux. Ils nous ont sommés d’évacuer la plage mais nous sommes revenus. Nous n’avons pas le choix avec cette vague de chaleur», confie un baigneur. Il estime que «l’eau de mer est un désinfectant, alors ou est le mal ? Il n’y a aucun risque sur la santé, sinon je ne me serais pas aventuré avec mes enfants», insiste-t-il.
Des jeunes, parmi eux des candidats au baccalauréat, estiment que « la baignade est le seul moyen pour faire face au stress. «Nous avons vécu une période exceptionnelle à cause de la suspension des cours, c’était dur pour les candidats au Bac», souligne Oussama. Ses amis sur les rochers, lui font signe de de loin, lui faisant comprendre qu’ils veulent être pris en photo avant de piquer une tête.  Ryad, jeune étudiant quant à lui, dira «Nous sommes des enfants d’un quartier populaire. Impossible de rester confinés encore à la maison, notamment en cette période de chaleur. Il faut ouvrir les plages et mettre en place un dispositif de contrôle pour préserver la santé des baigneurs». 
 
Braver l'interdit
 
Son voisin, un postier, évoque la décision de réouverture des commerces et des marchés. «On constate un non-respect des règles de prévention et je ne vois pas pourquoi on maintient la fermeture des plages. Il fallait juste une organisation car la réalité est tout autre sur les plages. Vous savez que les Algériens bravent l'interdit même lorsqu'il s'agit de santé ». 
Nombreux sont les jeunes qui ont préféré jouer à cache-cache avec la police en choisissant des plages plus discrètes. 
Ruée sur la plage Eden à Bab El Oued. Mer calme, propreté et ambiance bon enfant. Aziz, enseignant, venu de Kouba avec ses enfants, assure qu’il n’y a «aucune trace du virus» dans l'eau de mer. «Impossible de supporter les fortes chaleurs surtout avec le confinement. La distanciation sociale semble respectée, il y a peu de monde et chacun veille à l'application des mesures barrières», relève-t-il. Toutefois, il confie avoir interdit à ses enfants de toucher aux coquillages. «Je procède à la désinfection du véhicule, des vêtements et des serviettes sur place», assure encore ce père de famille. 
Sur cette même plage, des enfants jouent avec des bouées sous l’œil vigilant des parents en l’absence de moyens de protection. 
 
 
Image insolite : des baigneurs avec bavette 
 
La baignade au temps de la COVID 19 est marquée par un décor inédit. D’abord cette image très insolite de baigneurs avec des bavettes et la désinfection du sable avec de l’eau de javel, a-t-on constaté lors de notre tournée. La plage La poudrière est également investie par des familles qui n’ont pas hésité à installer des parasols et poser des serviettes sur le sable fin. «Nous habitons dans un quartier à proximité de la plage qui est presque un lieu privé voire familial, il n’y a personne venant des autres quartiers. Les enfants n’ont pas pu résister alors nous les accompagnons et nous profitons aussi d’un peu de fraîcheur», assure une mère de famille.  
Samy, caméraman, rencontré sur la plage Sid Ali-Fernandel (ex-Vigie Casserole) à Raïs Hamidou, salue la décision d’interdiction de la baignade. «C’est une décision sage, notamment sur les grandes plages qui enregistrent une fréquentation importante». Il précise toutefois, que « cette interdiction ne concerne pas les habitants des quartiers situés à proximité des petites plages en raison du respect des règles de prévention». Samy confie qu’il se rend généralement à la plage «le week-end dans la matinée, notamment avec la grande chaleur». Les baigneurs rencontrés justifient leur choix par la proximité de ces plages avec leurs lieux d’habitation, alors que d’autres font valoir le calme et la sérénité qui caractérisent ces lieux en plein confinement. Les plages Bouamar (ex-Challon), la Pointe, connue sous le nom de «Franco» la Grande, la Casserole sont investies par «les enfants du secteur», selon Samy. «Il n’y a pas de monde. La distanciation est respectée durant la baignade et le bronzage», insiste-il.
Sur les plages familiales Azur et Palm Beach, bondées habituellement en cette période, n’ont jamais été aussi désertes en pleine journée et sous un soleil éclatant à l’exception de quelques couples qui ont choisi de se balader au bord de la mer à défaut de jardins et de salons de thé. «Je suis venu avec ma fiancée. Les mariages sont suspendus, les salons de thé et restaurants fermés. Nous sommes venus pour une promenade sur le sable chaud», dit-il avec ironie.
Les crèmeries et les fast food à proximité sont vides. Un commerçant déplore la situation. «Mon chiffre d’affaires est en nette baisse, d’habitude, je n’arrive pas à satisfaire les clients et je fais appel à des ouvriers saisonniers. Je ne baissais le rideau qu’à 2 h. Aujourd’hui, avec la restriction des déplacements interwilayas et l’interdiction d’accès aux plages, les bungalows sont fermés et les appartements généralement loués aux estivants venus d’autres wilayas, ne sont pas occupés», regrette le commerçant. A Boumerdès, les immatriculations des véhicules stationnés, renseignent sur les wilayas. A Sghiret une petite plage à Cap Djanet, une famille venue d’Alger-Centre a loué un petit studio pour 48h. « C’est une opportunité pour les familles car il y a un taux très faible de fréquentation en cette période de confinement .
Les groupes de jeunes ne sont pas les bienvenus », constate notre interlocuteur. La maison située au premier étage d’une villa, est louée à 4.000 DA la nuitée, sans contrat de notaire ou de déclaration légalisée à l’APC. Une sorte de contrat moral, après présentation du livret de famille, assure-il. Soraya une émigrée, est rentrée avec sa petite famille dans le cadre des opérations de rapatriement des Algériens de l’étranger. «Je suis restée confinée avec ma petite famille dans un hôtel à Zeralda. J’ai passé quelques jours chez mes parents mais impossible d’y rester plus longtemps, alors je profite des locations de studios à proximité de la mer pour profiter des vacances imposées avant de rentrer en France». 
Ayoub qui n’hésite pas à publier ses photos en mer affirme qu’il est dur d’être confiné en famille dans un appartement de deux pièces en cette période de grande chaleur. «Ce sont les fêtes de mariage et les marchés qui constituent des foyers de pandémie», plaidant pour l’ouverture des plages et la mise en place d’un dispositif de contrôle et de surveillance avec limitation de l’accès. En effet, gendarmes et policiers mènent des patrouilles inopinées sur les plages, mais aucun dispositif sécuritaire fixe n’est placé à l’entrée.
 
Séjour chez l'habitant
 
Officiellement, la formule du séjour chez l’habitant, pour la saison estivale est toujours en vigueur, même si les plages sont interdites d’accès. Il suffit de naviguer sur les réseaux sociaux pour le constater : les propositions de location de villas et appartements à l’occasion de la saison estivale explosent. La location d’une villa avec piscine peut atteindre jusqu’à 25.000 DA la journée, soit le salaire d’un fonctionnaire, a-t-on commenté. Contacté par nos soins, le propriétaire a répondu : «C’est loué jusqu’à la fin du mois de juillet». A Sidi Fredj par exemple, l’on propose la location d’une villa de 300 m2, meublée avec jardin et garage dans une résidence calme et clôturée à 300 m de la mer composée de 4 chambres avec salle de bain, salon, salle à manger, hammam, piscine sans vis-à-vis, pour 45.000 DA/jour. A Staouéli, un site immobilier en ligne propose la location d’appartements au tarif promotionnel de 12.000 DA/mois avec réduction jusqu’à 50%. Les fourchettes proposées varient d’un logement à un autre et d’un endroit à un autre.
Des particuliers mettent en ligne leurs logements pour location, allant d’une nuitée au week-end. «Loue F4 pour saison estivale, cite FNPOS Zemmouri à Boumerdès face à la RN 24 et à la mer. Toutes commodités avec gaz, eau chaude, cuisinière, réfrigérateur, parabole, climatisation à 4.000 DA fixe. Location valable uniquement pour la saison estivale»,  indique une annonce datée du 6 Juillet publiée sur le site Oued Kniss alors que le site Nbatou propose la location d’un RDC de villa à El Tarf à 23.600 DA/nuit. L’on n’exige ni caution ni avance.
 
Les noyades, un drame 
 
Si des jeunes s’orientent vers les rochers et les plages interdites, les habitants des villes de l’intérieur, notamment ceux de l’extrême Sud cherchent refuge, en cette canicule, dans les réserves d’eau, après le gel du plan bleu et la fermeture des piscines de proximité. Les statistiques de la Direction générale de la Protection civile renseignent sur cette situation. «Je ne peux pas me permettre d’acheter une piscine gonflable à 5.000 DA, notamment avec la crise sanitaire. Je ne travaille plus et je subviens difficilement aux besoins de ma famille mais je ne peux pas séquestrer mes enfants à la maison en cette canicule», déplore un père de famille de Ouled Slama à Blida.
Malheureusement, du 2 au 4 juillet, les plongeurs de la PC ont procédé au repêchage de 8 noyés, dont 2 noyés en mer à Oran et Aïn Témouchent et de 6 autres dans des réserves d’eau à Bouira, Aïn Defla, Tamanrasset, Tébessa et Médéa.  
 Durant la période du 1er au 30 Juin, les unités d’intervention de la PC ont enregistré 17 noyades dans les retenues collinaires, les bassins et les réserves d’eau, à Biskra, Tamanrasset, Sétif, Annaba, Ghardaïa, Mascara et El Oued, selon le chargé de communication à la DGPC, le lieutenant Zohir Ben Amzal. En effet, en 48 h du 25 au 27 juin, 6 décès par noyade ont été constatés dont un enfant de 7 ans dans une mare à El Oued. Une adolescente de 14 ans est morte noyée en mer à Tipasa alors qu’un adolescent de 14 ans est décédé dans la zone rocheuse à Ain Temouchent. La wilaya de Médéa a été secouée par un drame suite à la noyade de trois victimes dans une retenue collinaire.
N. B. 
 
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