lundi 28 septembre 2020 00:48:25

Brahim Djamel Kassali, PDG de la CAAR et Président de l’UAR, à propos des risques liés aux pandémies : «Lancement d’une étude pour la prise en charge assurancielle»

Dans cet entretien, Brahim Djamel Kassali précise que le secteur des assurances se prépare à lancer une étude visant à proposer la mise en place d’un dispositif assuranciel permettant de couvrir les pertes économiques, dont les pertes d’exploitation subies par les entreprises en cas d’arrêt de leurs activités dû à une pandémie.

PUBLIE LE : 19-05-2020 | 23:00
D.R

Entretien réalisé par : Fouad Irnatene

Dans cet entretien, Brahim Djamel Kassali précise que le secteur des assurances se prépare à lancer une étude visant à proposer la mise en place d’un dispositif assuranciel permettant de couvrir les pertes économiques, dont les pertes d’exploitation subies par les entreprises en cas d’arrêt de leurs activités dû à une pandémie. Dans son analyse, le même responsable indique que la mise en place d’une couverture assurantielle des risques liés aux cyberattaques est «complexe et difficile à modéliser du fait de leur caractère immatériel». À propos de la CAAR, il annonce que le mobile paiement sera effectif à compter de 2021.

El Moudjahid : Le marché des assurances enregistre une croissance de 6% en 2019. Quelle est votre analyse par rapport à ce résultat ?
Brahim Djamel Kassali : Dans un contexte économique et financier particulièrement tendu, le taux de croissance réalisé par le secteur des assurances en 2019 est une bonne performance. Il démontre les efforts des sociétés d’assurance depuis de nombreuses années pour améliorer la qualité de services en termes notamment d’extension des réseaux de distribution et d’innovations produits et services, et renforcer ainsi la confiance des assurés à l’égard des assureurs. Il est important de rappeler que le réseau classique des sociétés d’assurance en agences directes et agences indirectes (agents généraux), est passé de 870 agences en 2000 à 2686 agences en 2018, soit trois fois plus. Ce réseau traditionnel a été renforcé en 2011 avec celui de la bancassurance, qui a permis l’ouverture de plus de 1.000 points de vente des sociétés d’assurance auprès des banques ; et il s’est encore élargi avec le lancement, à partir de 2017, de la vente en ligne (e-paiement) pour certains produits d’assurance «grand public» tels que l’assurance multirisque habitation (MRH), l’assurance contre les catastrophes naturels (CAT-NAT) et l’assurance voyage à l’étranger (AVE). L’offre assurantielle s’est également élargie et améliorée. De nouveaux produits et services assurantiels ont été mis en place au cours de ces dernières années qui répondent aux exigences des clients, notamment en matière d’assistance. La séparation des assurances dommages des assurances de personnes, a en effet permis le développement d’un nouveau marché complémentaire à l’assurance qui est celui de l’assistance. De nouvelles sociétés d’assistance, filiales des compagnies d’assurance, ont ainsi vu le jour au cours des dix dernières années.  Ces sociétés permettent aux compagnies d’assurance d’offrir une large gamme de produits d’assistance à leurs clients dans les lignes de métiers que sont l’habitation, le voyage, la santé et l’automobile. De nouveaux «packs assurantiels» destinés aux ménages et aux PME/PMI avec des couvertures complètes, ont également été mis sur le marché. Sans oublier aussi les nouveaux produits offerts en assurance de personnes et particulièrement pour ce qui a trait à l’assurance santé en termes de garanties complémentaires maladie et retraite, ainsi que le système de tiers- payant. Nous constatons par ailleurs, une plus grande diffusion du service assurantiel à travers les différents sites web des sociétés d’assurance ; l’outil internet commence à devenir un canal de promotion et de vulgarisation majeur des produits d’assurance. Plusieurs sociétés d’assurance ont d’ailleurs déjà mis en place à cet effet de nouveaux services qui consistent en des applications mobiles pour télécharger des offres et/ou des devis en ligne sur smartphones et tablettes. Ce sont là de nouveaux outils de relation clientèle qui permettent à l’assurance d’être plus présente chez le consommateur de façon constante et efficace.

À l’image des autres secteurs, les assurances ont été touchées par le coronavirus. Quel impact sur la réassurance et comment sera effectuée la reprise ?
«Effectivement, à l’instar des autres secteurs d’activité économique, le secteur des assurances est impacté par les effets induits par la pandémie du coronavirus Covid-19. Sous l’effet du ralentissement de l’activité économique, les résultats du 1er trimestre 2020 font apparaitre une baisse importante du chiffre d’affaires des sociétés d’assurance comparativement à l’exercice 2019. Pratiquement toutes les branches d’assurance sont touchées par cette diminution, avec un recul plus conséquent en ce qui concerne les branches des assurances automobile, transport, risques industriels, et les assurances voyage à l’étranger. Cette situation est due au recul du trafic routier et maritime, à l’arrêt pratiquement total du trafic aérien, ainsi qu’à la diminution exceptionnelle de l’activité de nombreuses entreprises, voire même l’arrêt temporaire de certaines d’entre elles. Les sociétés d’assurance enregistrent également une hausse du niveau de leurs créances sur assurés et ce, compte tenu de la situation financière difficile dans laquelle se trouve les entreprises. La baisse du chiffre d’affaires et des encaissements de primes génère ainsi des tensions de trésorerie pour les sociétés d’assurance. Au plan de la réassurance, il faudrait tirer les enseignements des effets de la pandémie du coronavirus, du fait qu’en dehors des contrats d’assurance complémentaire santé pour lesquels des couvertures existent, les contrats d’assurance dommage souscrits par les entreprises ne couvrent pas les frais ou les pertes financières subis suite à une épidémie. Les pertes d’exploitation dues à un arrêt d’activité ne sont en effet couverts que dans le cas d’un dommage matériel (incendie, dégât des eaux, bris de machine...). Cependant, les assureurs et réassureurs internationaux réfléchissent à la mise en place d’un nouveau type de couverture lié aux épidémies et pandémies, sur la base d’un modèle actuariel de tarification prenant en considération les caractéristiques d’une pandémie. Le marché algérien des assurances s’inscrit également dans cette démarche et se prépare à lancer une étude de faisabilité d’un dispositif spécifique de prise en charge assurantielle des pertes économiques dont les pertes d’exploitation, en cas de pandémie, à l’instar de celui des Catnat ; ce qui permettra aux sociétés d’assurance dommage d’intégrer dans leur contrat d’assurance une garantie contre les pertes économiques subies par les entreprises en cas d’interruption d’activité due à une pandémie. S’agissant de votre dernière question, on ne peut pas vraiment parler de reprise pour les sociétés d’assurance dans la mesure où elles font partie des secteurs d’activité de base assurant les services publics, et qu’à ce titre elles ont toutes maintenu leurs activités depuis l’apparition du coronavirus dans notre pays. Elles ont ainsi accompagné leurs assurés au quotidien en prenant en charge leurs besoins assurantiels, tout en prenant les mesures sanitaires édictées par les pouvoirs publics pour protéger les employés et les clients.»

Assureurs et experts ont plaidé pour une assurance contre de nouveaux risques notamment ceux liés à la numérisation. Quelles sont les conditions nécessaires pour réussir  ce défi ?
«La révolution digitale, qui s’accélère de plus en plus, a engendré l’émergence de nouveaux modèles de développement et de croissance, ainsi qu’une transformation radicale de la demande de plus en plus connectée et avec de nouvelles exigences. Elle a engendré également de nouveaux risques tels que les cyber-attaques, dont les coûts peuvent être très élevés, et qu’il faudrait prendre en charge par des couvertures assurantielles adaptées. Avec le développement informatique, la multiplication et l’interconnexion des systèmes d’information, les entreprises sont de plus en plus vulnérables aux cyberattaques. Comme pour les risques épidémiques, la mise en place d’une couverture assurantielle des risques liés aux cyberattaques est complexe et difficile à modéliser du fait de leur caractère immatériel. C’est le principal défi auquel doivent faire face les assureurs. D’ailleurs au plan international, le marché de l’assurance cyber qui est en progression est encore embryonnaire. En pratique, les couvertures de cyber-assurance peuvent s’effectuer soit par le biais d’extension de garantie de police d’assurance classique, soit à travers des polices dédiées aux cybers risques. Dans les deux cas, les garanties-cyber comprennent un volet dommages et un volet responsabilité civile (RC). L’étude de faisabilité d’un dispositif spécifique de prise en charge assurantielle des pertes économiques en cas de pandémie qui sera réalisée par le marché algérien des assurances, comportera également un volet concernant la cyber-assurance.»

Pour la CAAR vous avez annoncé nombre de nouveautés pour 2020, dont le lancement de produits d’assurance Takaful ainsi que le mobile paiement. Où en êtes-vous ?
«Tout d’abord, je tiens à rappeler que dans le cadre de sa démarche de transition numérique, la CAAR a mis en place de nouvelles solutions technologiques pour répondre avec efficacité aux évolutions et changements constatés sur le marché, et provoqués notamment par l’utilisation accrue des nouveaux canaux et outils digitaux. L’adoption d’une stratégie de digitalisation par la Caar s’est traduite par un ensemble d’actions déjà accomplies, comme la réalisation en 2016 du devis en ligne, concernant le produit assurance multirisque habitation, et le lancement effectif de son paiement en ligne «e-paiement» en 2017 via son interface web, caar.dz.
 Dans cette dynamique d’innovation, la possibilité de souscription en ligne a été étendue, depuis mars 2019, au produit assurance contre les catastrophes naturelles Catnat. C’est ainsi que la Caar a été la première entreprise d’assurances dommages à avoir lancé le paiement en ligne pour ses services et offres destinées au large public. Il s’agit pour la compagnie de confirmer l’exactitude de sa politique de relation clientèle basée sur l’adaptation et l’amélioration continuelle de sa qualité de service.
Exploiter les possibilités du digital constitue un axe stratégique pour développer des approches marketing et commerciales, qui répondent aux nouvelles habitudes et tendances de consommation du service assurantiel. L’entreprise a ainsi poursuivie son action et intervention novatrice, ce qui lui a permis, depuis 2017, d’intégrer le mobile marketing comme moyen de rapprochement numérique avec sa clientèle, à travers la mise en exploitation d’un système automatique d’alerte des échéances des contrats relevant de l’assurance automobile. Entre 2015 et 2017, des terminaux de paiement électronique (TPE) ont été déployés au niveau de 42 agences commerciales. Ce moyen et mode de paiement supplémentaire a permis de mettre à la disposition de la clientèle une solution monétique rapide et entièrement sécurisée. Ces réalisations nous permettent de confirmer la justesse de la stratégie adoptée en matière d’intégration et d’utilisation des nouvelles technologies dans la gestion et l’organisation de l’entreprise. Pour ce qui est des nouveautés, nous avions effectivement prévu de lancer au courant de cette année le mobile paiement «m-paiement», comme moyen de paiement moderne, efficace et performant. Cette technologie offre la possibilité à tout détenteur de smartphone de procéder de façon simple et interactive au paiement et règlement de sa transaction commerciale, notamment son assurance. Avec plus de la moitié de la population algérienne qui utilise internet sur mobiles et smartphones, cet outil représente certainement un moyen stratégique pour développer une relation nouvelle et positive avec les assurables. Il est incontournable en matière de fidélisation clientèle. Néanmoins, il est important de souligner qu’une telle solution nécessite un écosystème des plus fiables, avec une connectivité performante et de haut débit, pour faciliter et optimiser l’impact de ce canal numérique, le rendant intéressant et plus pratique pour le consommateur et client. Nous avons entamé le processus de mise en place de cet outil à travers notamment la confection d’application web et mobiles, dédiées essentiellement à ce moyen de paiement. Nos équipes informatiques et techniques, fortes de leurs expertises et savoir-faire, ont mis en place un programme étudié pour la réalisation et le lancement de ce service financier mobile. A l’égard de la situation sanitaire que traverse le pays, due à l’épidémie du coronavirus, et son impact sur l’activité économique, le lancement de ce moyen de paiement risque d’être retardé et nous estimons qu’il sera effectif à partir de 2021.
S’agissant de l’assurance Takaful, il convient de rappeler que cette assurance alternative a été instituée par l’article 103 de la loi de finances pour 2020 qui permet aux sociétés d’assurance d’exercer ce type d’opérations. Un projet de décret exécutif d’application fixant les conditions et modalités d’exercice de l’assurance Takaful a ainsi été préparé par les services du ministère des Finances. Il s’agirait d’exercer cette nouvelle activité soit par une société d’assurance exerçant exclusivement l’assurance Takaful, soit par une organisation interne (dite window ou fenêtre) au sein d’une société d’assurance. Les préparatifs sont lancés dans ce cadre à l’effet de commercialiser ce nouveau produit conformément aux dispositions réglementaires qui seront arrêtées.  
F. I.
 

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