samedi 26 septembre 2020 22:10:17

Entretien, Mustapha Biskri, entraîneur de football détenteur d’un doctorat : «C’est avec ses hommes intègres que l’Algérie avancera»

"J’ai été stupéfait en constatant de visu que la majorité trichaient et copiaient alors qu’il s’agissait d’un examen sur la préparation physique !!! "

PUBLIE LE : 14-04-2020 | 23:00
D.R

El Moudjahid : Comment vivez-vous la situation actuelle avec le confinement dû à la pandémie du Covid-19 ?
Mustapha Biskri : Ce n’est pas le confinement en lui-même qui pose problème. C’est plutôt la pandémie qui inquiète et qui perturbe le quotidien de l’humanité toute entière. Personnellement, cela ne me dérange pas de rester à la maison, car je suis casanier de nature. C’est la propagation rapide et inquiétante du virus qui pose problème, surtout qu’il a pris une dimension planétaire. Les plus grandes nations du monde n’ont pas été capables jusque-là de l’arrêter ou de maîtriser la situation. Celle-ci s’est empirée au fil des jours.
 Espérons que la solution sera vite trouvée, parce que se sont des vies humaines qui sont en train de disparaitre. C’est triste, mais en tant que croyants, on accepte la volonté d’Allah et on doit s’armer de foi et de patience pour y faire face.

C’est une situation vraiment compliquée, n’est ce-pas ?
C’est clair, c’est franchement très pénible de vivre dans une période de pandémie, qui fauche chaque jour des milliers de personnes dans toutes les contrées du monde. Dieu fasse que la situation s’améliore et que cette passe cauchemardesque que traverse l’humanité connaisse son épilogue dans les plus brefs délais. Il faut tirer les enseignements qui s’imposent de chaque expérience, bonne ou mauvaise soit-elle ! L’être humain a le plus souvent la mémoire courte. Il revient à ses mauvaises habitudes une fois que la situation maîtrisée. En tant que musulmans, la voie du salut pour nous consiste à suivre la voie d’Allah.   

Sur le plan de l’hygiène, par exemple, pourquoi y veille-t-on seulement lorsqu’on est en situation de crise ?
 L’Algérie a un nouveau Président de la République et un nouveau gouvernement qui aspirent, tout comme le peuple, à une Algérie meilleure. Il faut donc donner un nouvel élan à notre pays, dans tous les domaines. Il faut que les autorités du pays veillent à ce que la loi soit respectée par tout un chacun. Ce n’est pas seulement aux hautes autorités du pays de faire le nécessaire pour veiller à ce que l’hygiène soit de mise dans toutes nos villes et quartiers. Chaque circonscription à travers sa mairie est tenue de faire le travail qu’il faut. Avec le concours des citoyens, bien évidemment. Il faudra entamer des compagnes de sensibilisation et punir les contrevenants. Ce n’est qu’à travers la sensibilisation et la force de la loi qu’on éduque et qu’on discipline la population, qui doit avoir par la suite les bons réflexes et la bonne attitude. Il faut être sérieux, rigoureux et stricte dans la vie, si l’on veut avancer. L’hygiène est importante, que ce soit pour la santé des gens, leur bien-être ou pour l’image de notre pays. L’intérêt général, c’est l’affaire de tout le monde. Les APC doivent avoir des prérogatives et les moyens pour travailler et jouer leur rôle. Le travail des communes se répercute sur les daïras, celui des daïras sur les wilayas et celui des wilayas sur l’ensemble du pays. La priorité des priorités, c’est d’éduquer au niveau de la famille, de l’école, à travers le sport et ainsi de suite. La science nous conduit vers la lumière. L’ignorance, par contre, nous précipite dans l’abîme des ténèbres.

Peut-on dire que cette pandémie est un mal pour un bien, puisqu’en deçà de sa malédiction, elle permet à la société algérienne de se mobiliser et de retrouver les valeurs de solidarité, de communion et d’entraide ?   
     Le peuple algérien est en train de démontrer qu’il est prêt pour le changement. C’est mon avis en tout cas. Entraide, solidarité, mobilisation, communion et hygiène caractérisent le peuple algérien en cette pénible parenthèse de son existence. Le peuple est prédisposé au changement dans le bon sens. Tout le monde doit suivre dans cette optique, de la base au sommet. Le développement de notre pays et le bien-être des Algériens sont l’affaire de tout le monde. Tout un chacun doit jouer son rôle pour remettre le pays sur les bons rails et raffermir les liens entre les Algériens. Notre pays était dans une situation déplorable avec des responsables à côté de la plaque. Dieu merci, des hommes ont pris les choses en main pour permettre à l’Algérie de garder la tête haute et de repartir du bon pied. C’est aux meilleurs, aux plus compétents et aux plus honnêtes que doivent être confiés les postes-clés, et ce, dans tous les domaines. Il y a des hommes intègres en Algérie qui aiment leur pays et qui craignent Dieu. C’est avec eux que l’Algérie avancera.  

Sur le plan purement sportif, que pouvez-vous dire de cette période d’arrêt des compétitions pour les athlètes, notamment de haut niveau ?
C’est compliqué à gérer pour eux. Tout d’abord, c’est une première. Personne n’a eu à vivre une telle situation par le passé. Pour le football par exemple, puisque je suis un entraîneur de cette discipline, s’entraîner tout seul, alors qu’il s’agit d’un sport collectif, n’est pas évident. On peut le faire pendant quelques jours pour maintenir environ 35% de sa forme physique, pas plus. Toutefois, lorsque la période est prolongée, cela pose problème. Comme c’est le cas pour notre championnat en ce moment. Le travail spécifique individuel et collectif primordial pour une équipe de football est quasi-impossible dans les circonstances actuelles en raison de la pandémie.

Êtes-vous pour la reprise ou l’annulation du championnat ?
       Je pense qu’il y a toujours des solutions et qu’on est tenus de s’adapter à la situation. A situation exceptionnelle, solution exceptionnelle. Pour reprendre le championnat, il faut trois semaines de préparation pour le joueur et le groupe, au minimum. C’est possible, de reprendre le championnat et de le terminer même si la saison se terminera tardivement. Il faut accélérer les choses. Ensuite, 15 jours après, on redémarre pour la nouvelle saison.

Toutefois, pour le moment, on est dans l’incertitude par rapport à la durée de cette pandémie…  
    On doit suivre la situation de près. Je concède que pour le moment, on ne peut rien dire parce qu’on ne maîtrise pas le temps que prendra cette pandémie meurtrière. Le temps s’est comme arrêté pour nous tous. Tout le monde est dans l’expectative ! Wait ans see !

À quoi ressemble votre quotidien avec le confinement ?
    J’aime bien la maison et je suis très famille. Donc, j’arrive à gérer plutôt bien cette exigence de confinement, que tout un chacun est tenu de respecter, pour le bien de tous et dans l’intérêt général. J’ai beaucoup d’amis chez moi. Se sont les livres qui traitent de sport, de politique, d’histoire, de religion, de psychologie, de sociologie et autres. J’aime la lecture. Elle m’apporte un certain bien-être et de la connaissance. Je bouquine, je lis des auteurs tels que Coelho, Yasmina Khadra. J’aime les livres. Je me branche aussi sur internet et la télé pour suivre les évènements et l’évolution du football moderne. Je pratique aussi du sport à domicile et en famille, avec mon épouse et mes enfants, puisque j’ai investi dans du matériel sportif. Cela à travers un programme spécifique bien défini : Un jour sur deux. On maintien la forme. Je ne sors de chez moi que très brièvement lorsque cela s’avère nécessaire pour faire des courses. Comme j’enseigne aussi le sport, je prépare les cours et les polycopiés pour mes étudiants, en attendant la reprise. Mes journées hebdomadaires sont, donc, bien remplies malgré le confinement.

Si on peut revenir sur votre passage au DRB Tadjenanet, pourquoi avez-vous démissionné ?
     Il n’est pas de mes habitudes de commenter ou d’évoquer les raisons qui m’amènent à démissionner d’un club. Il y a eu des malentendus que je préfère garder pour moi. Cela dit, je souhaite au DRBT bonne chance. Ce que j’ai plutôt envie de dire, c’est que le football local a été massacré à la tronçonneuse par ceux qui le dirigeaient à une certaine époque. Je ne vise pas l’équipe nationale par mes propos. C’était, à mon sens, prémédité. La gestion au niveau des clubs est par ailleurs catastrophique. Je rajoute qu’il y avait certains responsables de notre football qui haïssaient tout ce qui est national. C’est une vérité. Je vais plus loin en disant que même les formations que l’on assurait soi-disant au niveau de la fédération avec l’ancienne équipe fédérale et non pas l’actuelle, c’était du pipo.
Une foutaise. On se moquait des gens. Les anciens joueurs et entraîneurs méritaient un meilleur contenu de formation. Lorsque je dénonçais cela, on me disait : ‘’toi, tu parles trop’’ ! Le football est mon métier et ma passion. Il est donc de mon devoir de dire les quatre vérités, lorsque cela s’impose. Il y a eu même un stage auquel j’ai assisté exprès pour voir les choses de plus près en tant que cadre de la nation parce que je n’avais pas besoin de ce diplôme du moment que je détiens un doctorat pour l’entraînement de haut niveau, spécialité football. J’ai passé un examen pour les mêmes raisons.  Eh bien croyez-moi, j’ai été stupéfait en constatant de visu que la majorité trichaient et copiaient alors qu’il s’agissait d’un examen sur la préparation physique !!! Certes, il y avait parfois des sommités qui étaient présentes aux dits stages. Toutefois, la formation en elle-même était nulle et vide de sens. Aujourd’hui, il faut sortir les grands dossiers pour mettre un terme à la gabegie qui caractérise notre football national. Nous avons des cadres compétents au niveau de nos universités. Il faut les mettre au devant contre les opportunistes de tout bord. L’élite doit-être considérée à sa juste valeur.
Entretien réalisé par
Mohamed-Amine Azzouz  


 

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