lundi 28 septembre 2020 22:39:45

La propreté, l’autre bataille : Les soldats de Netcom en première ligne

Dans la lutte contre la propagation du coronavirus, les agents de nettoyage mènent une autre bataille, celle contre l’insalubrité.

PUBLIE LE : 10-04-2020 | 23:00
Ph. Nacera I.

bavettes et gants jetés anarchiquement par terre 

Dans la lutte contre la propagation du coronavirus, les agents de nettoyage mènent une autre bataille, celle contre l’insalubrité. Ils prennent des risques, mais demeurent fortement mobilisés. Leur rôle est essentiel en cette période de crise sanitaire. Jeudi dernier, nous avons accompagné des agents de L'Établissement de nettoiement et de collecte des ordures ménagères (NETCOM). Reportage.

Les rues de la capitale semblent bien propres. Les décors désolants d’ordures entassées sur les trottoirs ont disparu, notamment au niveau des rues commerçantes. Il y a moins de déchets issus de l’activité industrielle et de la restauration. En revanche, avec le confinement de la population, les déchets ménagers sont plus importants. Rendant ainsi plus nécessaire le maintien de la collecte des ordures ménagères. Par conséquent, pas de répit, ni de confinement, pour les agents de nettoyage. Rabah, Messaoud, Mohamed, Farès, agents de l’unité de Netcom de la Casbah, sont mobilisés et en première ligne, en cette période de crise sanitaire. Avant de commencer la journée, le chef d’équipe leur rappelle les règles barrières de prévention. Les gants et masques sont indispensables pour éviter la contamination, a assuré le chef de section de la Casbah, Khadiji Belhirach. «Dans les camions, le port du masque est obligatoire pour les trois agents présents dans la cabine. Ils ont également du gel et de l'eau javelisée pour se laver les mains», relève-t-il.
 
Des masques spécifiques en plastique pour les éboueurs 
 
La direction de Netcom a doté ses agents d’équipements d’autoprotection individuelle. Il s’agit notamment de gants spécifiques et de masques en plastique, qui sont lavables, grâce aux filtres à l’intérieur, et résistants. Ils peuvent être utilisés pour une longue durée, notamment pour les éboueurs. Les balayeurs sont aussi équipés de gants spéciaux. Rabah et Messaoud, deux éboueurs rencontrés à la place des Martyrs, étaient en tournée de collecte des déchets des bacs à ordures. «Notre travail est organisé et adapté à la crise sanitaire. Nous avons intensifié les tournées pour le ramassage des déchets ménagers», indique Rabah, éboueur. Toutefois, il note certaines difficultés, notamment le jet anarchique de bavettes et gants utilisés. «On trouve souvent des bavettes de protection jetés par terre et qui peuvent être infectés. Cela ne pose pas un grand risque pour l’éboueur qui utilise la benne, mais c’est très risqué pour les balayeurs», déplore-t-il. Le jeune éboueur souligne que les agents de Netcom tentent vainement de sensibiliser la population sur le respect du des règles d’hygiène. «Pour des raisons sanitaires, nous avons demandé aux citoyens que les masques et gants usagés soient jetés dans un sac plastique, qui doit être soigneusement refermé avant d'être placé dans le sac plastique pour ordures ménagères à l’intérieur du bac. D’autres osent jeter des bavettes et même des sacs de poubelles des balcons», regrette-t-il. Messaoud, un éboueur plus âgé, intervient pour dénoncer l’incivisme, preuve à l’appui, il nous montre la présence de débris de verre et d’objets contondants jetés anarchiquement dans le bac à ordure. «Même avec des gants de protection, nous sommes exposés aux risques. Certains éboueurs ont été gravement blessés et gardent des cicatrices profondes», dit-il. Messaoud appuie son témoignage : «Nous sommes atteints de maladies à cause du jet anarchique des ordures. Certains souffrent de problèmes dermatologiques et d’autres d’allergies», déplore-t-il. Son collègue dénonce également les risques les plus appréhendés pour les mains qui sont les objets piquants, les objets coupants et les produits chimiques. «Nous trouvons souvent des seringues et des produits chimiques dangereux tel que l’acide. Quand on jette le bac dans la benne, le flacon d’acide explose, il peut toucher le visage de l’éboueur. On a enregistré plusieurs cas de blessures graves», souligne-t-il, il signale également le jet de bouteilles d’urine. Ali, quant à lui, se dit outré par l’incivisme. Ce sont «des ordures jetées n'importe où, n'importe comment et à n'importe quelle heure, gravats et produits dangereux abandonnés avec les ordures ménagères» relève-t-il, tout en déplorant le fait que les ordures, aussitôt enlevées, s’amoncellent de nouveau. Ce qui nous touchent profondément c’est que «certains citoyens et automobilistes ont un regard sur les éboueurs plein mépris», dira-t-il. 
 
L’avantage du confinement…une propreté maintenue 
 
La ville semble calme et déserte, en cette journée du jeudi. Elle qui habituellemant grouillait d’habitude de monde, notamment au niveau de Bab Azzoun, la place des Martyrs et la Casbah. Le lieux sont désinfectés par un camion de Netcom. Le chef d’unité de la Casbah, Smail Younsi a précisé, que l’opération de stérilisation concernait, auparavant, uniquement les bennes avant de s’élargir, en raison de la pandémie, à tous les espaces publics. La propreté est visible dans les principaux quartiers et ruelles. Le chef de section, Belhireche, met en avant les avantages du confinement sanitaire partiel, dans le maintien de la propreté des lieux. «Suite à la fermeture des restaurants, fast-food et cafétérias, la situation est maîtrisée. 
Les gobelets de café et des morceaux de pizzas jetés au sol ainsi que les restes de repas et d’épluchures diverses, constituaient le point noir. On a constaté une baisse du volume des ordures suite à la suspension de ces activités. Avec le balayage, la propreté est également maintenue», se félicite Farès, un balayeur, qui regrette, lui-aussi, le jet des bavettes. «Nous ne sommes pas les seuls exposés à la contamination. Imaginez, si un SDF ou un malade mental récupère un masque ou des gants infectés. Il faut une prise de conscience des citoyens », soutient-il.
 Dans le quartier de Bab J’did, la rue Amar El Kama (ex-rue de Chartres) et la rue Arbadj et Sidi Ramdane, où sont localisés les marchés informels, le décor a beaucoup changé, les ruelles sont propres. 
Les montées et descentes sont épuisantes pour les agents de Netcom, mais ils assument bien leur mission. Un balayeur, sourd et muet, est chargé du nettoyage des escaliers et des ruelles. «Il a été sélectionné parce pour son perfectionnisme», a tenu à préciser le chef d’unité. En effet, chaque éboueur a son circuit. Un intérêt particulier est accordé au circuit touristique de la Casbah. Le responsable du secteur, Abdellah Khenfoussia, relève qu’il y a souvent des citoyens qui jettent les sacs d’ordures sur les trottoirs. «Pourtant, dit-il, il y a une poubelle à quelques mètres, ils savent que quelqu'un va venir ramasser, il est payé pour, nous dit-on souvent» ajoutant que «nous faisons face directement aux microbes. Nous sommes le rempart contre la propagation des maladies au détriment de nos vies. On peut être infecté par un virus très facilement», insiste-t-il.
 
Des sacs de semoule…dans les poubelles 
 
A niveau de Sidi Ramdane, nous croisons des baudets, qui font partie du dispositif de nettoyage de Netcom. L'Unité de cavalerie de la Casbah compte plusieurs ânes. Mohamed Benjedda, membre de cette unité, précise que les baudets sont indispensables dans ses ruelles étroites, sinueuses et parsemées d'escaliers et où l'accès est impossible à tout véhicule. Les baudets sont équipés de grands paniers, les «chouaris», où sont entassés les ordures ramassées.  «Les baudets connaissent très bien le chemin», précise Benjeddou. Les éboueurs ramassent les ordures à la pelle ou à la main et les entassent dans les paniers, qui seront par la suite déversés dans un camion-benne. Lors de notre tournée, les agents de Netcom ont attiré l’attention sur le gaspillage du pain, un phénomène qui sévit en cette période de crise. L’autre spectacle désolant est celui des sacs de semoule jetés avec les ordures ménagères. «On ramasse quotidiennement des sachets de pain de boulangerie et même traditionnel, mais dernièrement on a collecté des sacs de semoule. Imaginez, des gens font la queue et achètent des sacs de semoule pour ensuite les jeter dans les ordures !», déplore Mohamed Benjedda. Il a également fait état des sacs-poubelles éventrés par des chats errants. «Regardez à l’intérieur, on a trouvé un Moustkoutchou (genre de cake), c’est incroyable», se désole-t-il. Lui aussi, a évoqué les risques du métier, malgré la vaccination, à cause du dépôt anarchique des déchets.
 
Netcom s’adapte 
 
Le chef de l’unité de Netcom de la Casbah, Smail Younsi, assure que des mesures spécifiques d’adaptation du travail et d’hygiène ont été prises. «Nous n’avons pas procédé à des ramassages restreints», assure-t-il. Le responsable a mis en exergue les efforts colossaux des éboueurs et balayeurs, mais «l’incivisme des citoyens nous complique la tâche», signale-t-il. Selon M. Yousfi, aucun agent n’a été contaminé par la pandémie. «Une priorité majeure est accordée à la prise en charge du personnel, notamment en matière de conditions de travail et de vie dans les dépôts. Les agents sont les premiers exposés aux risques. Les camions sont également désinfectés et aussi les dortoirs», affirme-t-il. Le responsable a également indiqué que la collecte des déchets s’adapte au confinement et que les rotations nocturnes se poursuivent. «Nous sommes mobilisés et engagés dans le dispositif de lutte contre l’épidémie», soutient-il, appelant les citoyens au respect des horaires de dépôt des ordures.
Neila Benrahal
  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions