Au forum de Davos, M. Messahel présente notre expérience de la réconciliation nationale : une grande réussite

M. Messahel s’entretient avec le chef du gouvernement tunisien et son homologue saoudien
PUBLIE LE : 22-01-2019 | 23:00

Le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, a souligné, hier au Forum économique mondial de Davos, où il représente le Président Abdelaziz Bouteflika, que «la démarche de paix en Algérie a été soutenue par la mise en œuvre d’une politique globale de déradicalisation axée sur la promotion du référent religieux national, à savoir l’islam modéré du juste milieu, la protection des composantes de l’identité nationale - islam, arabité et amazighité - de toute exploitation, la lutte contre le discours extrémiste et sectaire, et la lutte permanente et structurelle contre les facteurs de marginalisation, d’exclusion ou de stigmatisation politiques, économiques, culturelles, sociales ou encore contre l’injustice sociale».

Il a précisé que cette politique «a trouvé son expression concrète à travers tous les programmes et stratégies de développement menés par l’État dans les différents domaines d’activité, et s’est faite avec l’implication des institutions publiques, des organisations citoyennes de la société civile, du secteur économique public et privé, et surtout des citoyens». Le ministre a rappelé, dans ce cadre, «les résultats engrangés, grâce à cette politique, notamment le nombre insignifiant des combattants terroristes étrangers algériens».
Il a également rappelé que l’Algérie «compte aujourd’hui parmi les pays les plus sûrs et les plus stables au monde, un fait que l’Institut Gallup de Washington a affirmé en classant l’Algérie au septième rang mondial dans ses rapports pour 2016 et 2017». M. Messahel a également souligné que l’Algérie «consolide ces acquis par la promotion des principes et valeurs du vivre ensemble en paix, notamment à travers son initiative au sein de l’Assemblée générale des Nations unies, qui a conduit à la proclamation, et pour la première fois, de la journée du 16 mai de chaque année, Journée internationale du vivre ensemble en paix». Cette résolution «vient donner une nouvelle dimension à la volonté résolue de la communauté internationale de préserver les générations futures du fléau de la guerre. Elle véhicule des valeurs dans lesquelles l’Algérie croit profondément et investi beaucoup. Il s’agit de la tolérance, du respect de la différence et de la diversité, du dialogue et la compréhension entre les hommes et les peuples», a-t-il expliqué. À ce titre, a-t-il ajouté, «mon pays a été honoré d’accueillir la cérémonie de béatification de 19 religieux chrétiens, au mois de décembre dernier». «J’aimerais souligner qu’elle est première du genre dans un pays musulman, et qu’elle constitue un fort message de reconnaissance de la tolérance qui distingue l’Algérie et son peuple», a-t-il précisé. M. Messahel a ajouté que face à ces valeurs, «il est très légitime de voir dans la remarquable montée de la xénophobie et l’islamophobie, dans certaines sociétés, des facteurs qui menacent l’harmonie et la cohésion sociales, et portent atteinte aux droits et à la dignité de segments entiers, facteurs que les pays touchés et la communauté internationale se doivent de combattre institutionnellement et sur le long terme».
M. Messahel a relevé que la démarche de paix en Algérie «a trouvé son expression concrète dans la loi sur la concorde civile et la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, toutes deux animées de valeurs chères au peuple algérien, à savoir la tolérance, la modération, le pardon, la solidarité, l’entraide, un puissant sentiment de communauté de destin et un fort attachement à l’unité et à la cohésion nationales». Expliquant davantage, M. Messahel a indiqué que la loi sur la concorde civile, proposée en 1999 par le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, au peuple algérien, «était guidée par le souci d’ouvrir une porte de retour dans la société à toutes les personnes qui s’étaient engagées dans des groupes terroristes et s’étaient égarées du droit chemin». «Cette loi a permis le retour dans leurs familles à des milliers de ces personnes et la préservation de milliers d’autres vies humaines», a-t-il ajouté. Pour ce qui est de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, adoptée par référendum en 2005, le chef de la diplomatie algérienne a indiqué qu’elle a permis au pays de «renouer définitivement avec la paix, la stabilité et la sécurité, en mettant en avant sa réussite totale, grâce à la réunion de quatre conditions se rapportant, en premier lieu, à l’exigence de respect de la Constitution et des lois de la République par tous, partant en cela de la conviction qu’il n’y a pas d’alternative possible à la primauté du droit et au respect de l’ordre constitutionnel établi dans toute recherche de sortie de crise viable et durable». En second lieu, le ministre a souligné «la nécessité d’une solidarité agissante de l’ensemble de la communauté nationale avec toutes les victimes de la tragédie nationale, sans exception et sans distinction, seule démarche à même de répondre à l’impératif de penser à l’avenir et d’éliminer les causes possibles de rancœur, de stigmatisation sociale ou de vengeance». Il a cité, en troisième lieu, «la reconnaissance du rôle des institutions étatiques et des citoyens qui ont combattu le terrorisme, tout en inscrivant leur combat dans le cadre de la loi et des obligations internationales contractées par l’État en matière de protection et de promotion des droits de l’homme et des libertés». En quatrième lieu, M. Messahel a rappelé «l’ouverture de la possibilité du retour au sein de la communauté nationale à ceux dont la voie s’en est écartée, un retour qui se fonde sur le repentir dans le respect de l’ordre républicain».

Exposé sur la politique  de réconciliation nationale

La session animée sur le thème «Paix et réconciliation» a été marquée par un débat  démontrant l’intérêt accordé à l’expérience algérienne en la matière et la politique de réconciliation nationale, conduite par le Président Abdelaziz Bouteflika, en ce qu’elle a permis à l’Algérie de mettre un terme à la tragédie nationale des années quatre-vingt-dix. M. Messahel a souligné que la politique de réconciliation nationale a permis de «refermer définitivement les plaies de la tragédie nationale qui a endeuillé son peuple durant les années quatre-vingt-dix, pour ramener la paix dans les cœurs, dans les esprits et dans les comportements de ses citoyens et des institutions nationales, et pour ressouder la cohésion nationale et consacrer les efforts et les ressources nationales au seul objectif qui vaille la peine, à savoir le développement socioéconomique et une dynamique constante de modernisation du pays et d’amélioration des conditions de vie de sa population».
Dans le même ordre d’idées, il a ajouté que le peuple algérien «a privilégié, à l’initiative et sous la conduite du Président Abdelaziz Bouteflika, la sage voie de la concorde civile, de la réconciliation nationale et du vivre ensemble en paix, dans le respect par tous de l’ordre constitutionnel démocratique et républicain, et dans le respect aussi des lois de la République». «Ce choix est venu conforter, par des voies exclusivement pacifiques, la lutte que le peuple tout entier livrait, aux côtés des services de sécurité et sous l’égide de l’Armée nationale populaire, aux groupes terroristes», a ajouté le ministre. Évoquant la politique de réconciliation nationale, il a précisé que cette démarche de paix reposait sur «des principes et règles qui s’articulent autour, notamment du respect de la volonté libre et souveraine du peuple en tant qu’unique source de légitimité, de la responsabilité première et essentielle de l’État dans la protection des personnes, des biens et du maintien de l’ordre, du respect par tout un chacun des exigences qu’imposent la vie en commun et le vivre ensemble en paix, de l’indispensable contribution de tous à la restauration de la concorde civile et de la réconciliation, de la promotion d’un esprit de large rassemblement dans l’œuvre commune de reconstruction nationale». «Ces principes et règles prônaient aussi le respect mutuel des convictions de chacun, la compétition pacifique des idées et des programmes, la garantie des droits constitutionnels intangibles aux libertés publiques et individuelles, l’égalité de tous et de toutes devant la loi, la promotion des libertés démocratiques, l’encouragement de l’expression libre, le débat d’idées, la réhabilitation du travail et du mérite, la nécessité de la lutte contre les fléaux sociaux et contre les dérives portant atteintes aux droits du citoyen, l’exigence de trouver ensemble, entre Algériens, la solution et d’assumer solidairement notre destin collectif et de réaliser le salut national seuls sans interférence extérieure», a affirmé M. Messahel. Cette session a enregistré la participation des ministres des Affaires étrangères du Qatar et du Liban, de la ministre du Commerce extérieur et du Développement de la coopération des Pays-Bas et du Premier ministre de l’Afghanistan. Elle a été modéré par Robin Niblett, directeur de «Chatham House».

 « Le non-respect des principes cardinaux de la Charte de l’ONU fait durer les situations de crises et de conflits. »

Le MAE a animé une session intitulée «Paix et réconciliation», focalisant sur le rôle des politiques de réconciliation dans la résolution durable des conflits. M. Messahel a souligné que «l’absence de solution aux conflits et crises que connaît le monde d’aujourd’hui ou le peu de progrès enregistré dans leur traitement, a souvent trait à deux limites, à savoir le non-respect ou le contournement des principes cardinaux de la Charte des Nations Unies».
M. Messahel a cité notamment «l’égalité souveraine des Etats, l’exigence de respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité territoriale, de l’unité nationale des Etats, de la non-ingérence dans leurs affaires intérieures, le non-recours à la force ou à la menace d’usage de la force dans les relations entre Etats et dans les relations internationales en général, et surtout le recours aux moyens pacifiques de règlement des conflits prévus par le droit international». Dans un deuxième lieu, le ministre a cité comme raison de la persistance des conflits, «la ferme croyance dans la capacité et l’efficacité des approches reposant sur l’usage de la force pour le règlement des conflits et crises», relevant en outre, que «l’usage de la force ou la menace de recours à l’usage de la force restent malheureusement une option forte, en dépit du fait que son utilisation a montré ses limites dans de nombreux conflits contemporains». C’est dans cet esprit, a-t-il indiqué, que «dans le monde actuel globalisé, dans lequel la nature des menaces à la paix et à la sécurité a beaucoup changé par rapport aux conflits armés du siècle dernier, tant dans son expression que dans ses manifestations, il est important d’accompagner cette mutation par des approches de gestion, de prise en charge et de règlement des conflits et crises, innovantes et ancrées dans les nouvelles réalités nationales et internationales».
A ce titre, M. Messahel a ajouté que «ces nouvelles approches puisent nécessairement leur fondement dans le patrimoine universel en matière de règlement pacifique des conflits et crises, mais doivent intégrer aussi les avancées réalisées par l’humanité en matière de droits de l’homme, notamment le strict respect de la sacralité de la vie humaine en toute circonstance, la centralité de la justice et de l’égalité de traitement entre les parties au conflit, la priorisation du recours au dialogue et à la négociation, le bannissement du recours à la violence, une disposition à l’acceptation du compromis, le bannissement aussi des logiques d’exclusion et de domination, la tolérance de l’autre et de la différence qu’il porte, l’acceptation et le respect de la diversité dans ses multiples formes d’expression ainsi que le rejet de toute forme d’ostracisme, d’exclusion ou de discrimination, pour quelque motif que ce soit».

Les efforts de l’Algérie pour la stabilité régionale mis en exergue

Le ministre a mis en exergue les efforts de l’Algérie pour la stabilité régionale, notamment en direction de son voisinage immédiat en faveur du règlement pacifique des conflits et crises dont souffrent certains des pays de ce même voisinage. Intervenant sur le thème «Paix et réconciliation», il a indiqué que «les valeurs de dialogue et de réconciliation, auxquelles l’Algérie est très attachée, développent les capacités des peuples à l’ouverture sur les autres nations, avivent et nourrissent leur disposition à l’interaction positive avec elles, facilitent et soutiennent leur participation à la construction des solidarités et des consensus internationaux, leur permettent de se mobiliser plus facilement autour des voies pacifiques de règlement des conflits, les incitent à réagir activement aux violations ou menaces de violations de la paix et les encouragent, sans nul doute, à contribuer, autant que faire se peut, à la promotion du dialogue, de l’entente et de la coopération entre les cultures et les religions au service de la paix».
«C’est cet esprit qui nourrit et guide la position et l’action de l’Algérie en direction de son voisinage immédiat et des conflits et crises qui y persistent, que ce soit, à titre d’exemple, au Mali, en Libye, ou encore, par le passé, les médiations menées dans la conclusion, en 1975, de l’accord frontalier entre l’Iran et l’Irak, la libération, en 1981, des diplomates américains détenus à Téhéran, l’accord de paix signé en 2000 entre l’Ethiopie et l’Erythrée, ou encore la médiation dans la crise des Grands Lacs et la conclusion de l’Accord de Taïf, qui a mis fin à la guerre civile au Liban», a ajouté M. Messahel. Dans sa démarche pour répondre aux sollicitations et réunir les meilleures chances de succès dans ces médiations, l’Algérie s’est régulièrement imposée le strict respect de certains principes, parmi lesquels la neutralité et l’équidistance entre les protagonistes, la nécessité d’être accepté par les parties au conflit qui ont demandé la médiation, la nécessité du respect de l’unicité de la médiation et le rejet de son parasitage par d’autres initiatives parallèles ou concurrentes, l’exigence d’observer la plus grande discrétion dans la conduite de la médiation, convaincue que toute publicité est nécessairement contre-productive, travailler pour parvenir à l’appropriation du processus de règlement du conflit et de la solution du conflit par les protagonistes eux-mêmes, et, enfin, insister sur le rejet des interférences et ingérences extérieures.
A cette occasion, le ministre des Affaires étrangères a lancé un appel pour «trouver des approches innovantes pour tenter de mettre fin aux conflits et crises qui emportent des vies innocentes et qui menacent souvent la paix et la stabilité régionales et internationales» en marquant «l’engagement de l’Algérie à poursuivre ses efforts et à investir dans la culture de la paix, du dialogue et de la tolérance, seule voie viable pour un monde plus sûr».

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Entretien avec le chef du Gouvernement tunisien Youssef Chahed…
M. Messahel s’est entretenu avec le Chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed en marge de sa participation au Forum économique mondial.
L’entretien a porté sur les relations bilatérales et les voies et moyens de leur renforcement. Les deux parties ont convenu, dans ce cadre, de «poursuivre les efforts engagés par les deux pays afin de raffermir davantage les liens de coopération qui unissent les deux pays». L’entretien a également permis d’aborder la situation dans la région et en Afrique du Nord. Les consultations ont porté aussi sur la situation en Libye et les moyens de soutenir le processus de règlement conduit par l’ONU. Les deux parties ont abordé, en outre, les prochaines échéances, notamment le Sommet arabe et la réunion des ministres arabes de l’Intérieur qui se tiendront en mars prochain à Tunis.  

… et avec son homologue saoudien M. Ibrahim Al-Assaf
Le ministre s’est également entretenu avec son homologue saoudien M. Ibrahim Al-Assaf avec lequel il s’est félicité de la qualité des relations algéro-saoudiennes qui connaissent une dynamique nouvelle», notamment à la faveur des résultats de la dernière visite officielle du Prince Héritier, vice-président du Conseil des ministres et ministre de la Défense du Royaume d’Arabie Saoudite, en Algérie en décembre dernier. Dans ce cadre, les deux ministres sont convenus de poursuivre la concertation en vue de la mise en œuvre des décisions issues de cette visite, en particulier le Haut Conseil algéro-saoudien de coordination, sous la présidence du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, et du Prince Héritier, pour le «renforcement de la coopération dans les domaines politique, sécuritaire, de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, ainsi que les volets économique, commercial, de l’investissement, de l’énergie, de la sidérurgie, de l’éducation et de la culture». Les deux ministres ont également procédé à «un échange de vues sur les questions régionales et internationales d’intérêt commun, notamment la situation dans le monde arabe». A ce titre, ils ont «réitéré leur engagement à poursuivre leurs efforts pour la réforme de la Ligue des Etats arabes pour l’adapter aux défis et menaces auxquels le monde arabe est confronté».


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